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Intérim digital : ces acteurs traditionnels ou pure players qui s’engagent

Le | Intérim

Entre réseaux physiques et canaux numériques, les ETT traditionnelles mixent les approches, donnant lieu à des stratégies de synergies. Un équilibre subtil pour ne pas phagocyter l’activité de leurs agences sur le territoire, source de proximité géographique avec leurs entreprises clientes.

Dossier intérim digital sur RH Matin : volet des acteurs traditionnels ou pure players qui s’engagent - © D.R.
Dossier intérim digital sur RH Matin : volet des acteurs traditionnels ou pure players qui s’engagent - © D.R.

L’intérim digital se trouve à la croisée des chemins des groupes traditionnels déjà bien implantés dans les bassins d’emploi et de l’innovation pour transformer les services RH.

Simultanément, des start-ups émergent pour tenter de tirer la couverture vers elles, au regard des perspectives de marché alléchantes. C’est le cas de Gojob mais aussi de Bruce, quasiment apparue de manière simultanée entre 2015 et 2016.

Une période qui a marqué aussi la bascule dans le digital d’un acteur comme Mistertemp'.

Adecco

Pierre Matuchet, Directeur général Sales, Marketing & Digital The Adecco Group - © D.R.
Pierre Matuchet, Directeur général Sales, Marketing & Digital The Adecco Group - © D.R.

En septembre 2021, The Adecco Group a acquis QAPA. La plateforme d’intérim digitale, issue de la société créée en 2011 par Stéphanie Delestre et Olivier Zier, s’est fondue dans la stratégie du groupe en devenant « la solution digitale Adecco ».

Pour développer sa proximité géographique et faciliter l’adoption de la plateforme de recrutement pour des missions d’intérim, QAPA établit en 2023 un réseau d’agents commerciaux sur le terrain.

« Il n’existe pas de jonction entre le réseau Adecco et QAPA car les produits sont segmentés. Néanmoins, il existe une dimension d’omnicanalité. Les clients peuvent nous contacter pour avoir les services Adecco ou QAPA », indique Pierre Matuchet, Directeur général Sales, Marketing & Digital The Adecco Group.

Bilan d’activité 2022 de QAPA

• 8 millions de candidats (50 000 nouveaux inscrits chaque mois) ;
• 25 000 personnes mises à l’emploi sur l’année ;
• 150 000 missions réalisées, représentant 5 millions d’heures travaillées ;
• 2000 sites clients, dont 1 200 nouveaux en 2022 ;
• 3355 jeunes de moins de 20 ans ont trouvé au moins un job avec QAPA (soit 14 % des personnes mises à l’emploi) ;
• 11 376 jeunes de moins de 25 ans ont trouvé au moins un job avec QAPA (soit 47,5 % des personnes mises à l’emploi).(source : société, février 2023)

Randstad

Christophe Montagnon, Chief Digital Officer de Randstad France - © D.R.
Christophe Montagnon, Chief Digital Officer de Randstad France - © D.R.

En février 2022, le Groupe Randstad, un des mastodontes du secteur de l’intérim (15 000 collaborateurs, 900 points de présence, recrutement de 27 000 intérimaires en CDI/CDD par an, un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros en 2022) a acquis Side, initialement créée en 2015 par 4 entrepreneurs (David Benkazen, Gaspard Schmidt, Pierre Mugnier et Hugo Michalski).

« Le rachat de Side a permis à Randstad Direct de consolider ses positions et de franchir une étape dans l’intérim digital. Nous avons conservé la totalité des outils et de l’organisation de Side. L’équipe originelle reste indépendante dans son fonctionnement », déclare Christophe Montagnon, Chief Digital Officer de Randstad France.

« Side enregistre de manière constante une croissance à 2 chiffres », évoque-t-il. Au dernier pointage (août 2023), la plateforme comptait 1400 clients et 5000 candidats actifs. Elle couvre trois domaines privilégiés : logistique, commerce et services.

  • « Dans ces activités de réseaux, le digital est en mesure de créer le plus de valeur ;
  • Side nous a apporté sa vision d’une expérience utilisateur centrée sur le candidat. Elle répond aux attentes et aux changements de comportements des intérimaires qui souhaitent un parcours digital plus simple et transparent.
  • Cette appétence pour le digital ne concerne pas que les actifs des générations Y et Z. Avec la pénurie de compétences, le marché est piloté par les talents et les intérimaires deviennent presque nos clients critiques », estime Christophe Montagnon.

Proman

Camille Jankowski, Directrice du marketing et du développement de Proman - © D.R.
Camille Jankowski, Directrice du marketing et du développement de Proman - © D.R.

Proman, groupe d’intérim indépendant (915 agences dans 16 pays dont 400 en France), a mis le cap sur le digital à partir de 2015. Il déclare faire travailler 100 000 collaborateurs intérimaires chaque jour pour le compte de 45 000 entreprises des secteurs comme l’industrie, le BTP, la logistique, le tertiaire ou l’automobile.

En 2022, Proman a réalisé un chiffre d’affaires de 3,8 milliards d’euros et affiche des ambitions fortes aux Etats avec le récent rachat de PeopleShare.

  • « Notre mission est de trouver des réponses à tous les segments de la population.
  • Les candidats qui ont besoin d’être écoutés et accompagnés se rendront en agence. 
  • D’autres, plus autonomes, opteront pour un parcours 100 % digital avec des entretiens en visio.
  • Il y a un effet générationnel. Les jeunes sont davantage ‘mobile friendly’. Il s’agit de fluidifier ce parcours en éliminant les points de friction », évoque Camille Jankowski, Directrice du marketing et du développement de Proman.

Pour les entreprises clientes, Proman a développé son propre outil qui permet de poster des offres multidiffusées puis d’opérer le matching (myProman). « Par exemple, je cherche X préparateurs de commandes sur telle région, à telle période. Il s’agit d’identifier les candidats compétents, disponibles et mobiles pour remplir cette mission. La plateforme permet de dématérialiser les bulletins de paie et les contrats de travail », indique Camille Jankowski.

Du côté des candidats, avec l’application myProman Intérimaires, les candidats peuvent recevoir des offres et des alertes sur une application. La fonctionnalité Job Bag permet de postuler à plusieurs offres en un clic pour optimiser les chances de trouver une mission. A la manière d’un panier à remplir sur un site marchand, il sélectionne les offres qui les intéresse.

L’acquisition de candidats se fait de plus en plus sur les réseaux sociaux. Pour trouver de nouveaux viviers, Proman aime monter des campagnes de candidatures innovantes pour tester l’impact sur des applications comme TikTok (réseau social) et Tinder (application de rencontres).

« Nous menons au nom de clients des campagnes sur ces canaux quand il s’agit d’opérations volumiques comme le recrutement de 200 préparateurs de commandes. En cassant les codes, nous donnons une image moderne de l’intérim », déclare Camille Jankowski.

Mistertemp’ Group

Alexandre Pham, Président de Mistertemp’ Group - © D.R.
Alexandre Pham, Président de Mistertemp’ Group - © D.R.

« Nous assistons à une consolidation du marché de l’intérim. Des groupes traditionnels rachètent des start-ups », constate Alexandre Pham, Président et cofondateur de Mistertemp’ Group. « Cela conforte notre vision : le digital est une tendance de fond que nous avons internalisée. Les technologies doivent s’intégrer à nos processus opérationnels et non l’inverse. »

La genèse de Mistertemp’ Group (ex- Alphyr) remonte à 2009. Créée par Alexandre Pham et Rémy Sultan, elle développe des agences en franchise avec 3 marques (Aquila RH, Lynx RH et Vitalis Médical). « La société, qui dispose actuellement de 200 agences sur territoire, fait travailler 10 000 personnes dans la logistique, l’industrie, le BTP, le tertiaire ou le médical », déclare le dirigeant.

« Mistertemp’ est un groupe rentable qui s’appuie sur un modèle économique pérenne », précise Alexandre Pham. En 2021, son chiffre d’affaires s’élève à 310 millions d’euros pour 9727 clients (dont 4480 nouveaux acquis sur cette année-là).

Alexandre Pham précise les avantages tirés du digital :

  • « Le digital est profondément ancré dans nos processus. Il permet de mieux sourcer et cibler les intérimaires. Nous avons constitué une base de 2,4 millions de candidats. Nous panachons divers canaux :
    • entre les institutionnels comme Pôle emploi, les sites d’emploi, les réseaux sociaux comme LinkedIn,
    • en fonction du bassin d’emploi,
    • en fonction de la période.
  • Il s’agit ensuite de faire le lien avec les besoins des entreprises et de proposer candidats pertinents le plus rapidement possible.
  • Un algorithme détecte et récupère automatiquement les diplômes et les certifications. Un cariste doit détenir une autorisation de conduite (CACES). C’est du temps gagné dans la qualification, l’humain prend ensuite le relais.
  • Il s’agit aussi de gérer le volet administratif avec les contrats, le décompte d’heures. La profession manipulait beaucoup de papier, leur dématérialisation est le principal apport du digital. »

Gojob

Benjamin Vallat, Directeur général adjoint de Gojob - © D.R.
Benjamin Vallat, Directeur général adjoint de Gojob - © D.R.

Dans la catégorie des pure players, Gojob a levé plus de 40 millions d’euros depuis sa création en 2015 par Pascal Lorne, dont 23 millions d’euros en septembre 2022.

La plateforme d’intérim digital s’adresse surtout aux grands groupes de la logistique, de la distribution et de l’industrie. Sa base de données comprend 5 millions de CV et 800 000 intérimaires.

« Le digital permet de recruter de gros volumes d’intérims dans des délais courts », déclare Benjamin Vallat, Directeur général adjoint de Gojob. Aglae Alpha, son algorithme de matching, prend en compte une centaine de paramètres pour évaluer la probabilité qu’un candidat réussisse pour une mission donnée.

« C’est un scoring vivant et granulaire qui dépend notamment du bassin d’emploi », précise notre interlocuteur. L’IA permet aussi d’affiner l’exploitation des données avec la technique du parsing des CV c’est à dire l’extraction automatique des éléments clés comme les compétences techniques et comportementales.

Entreprise à mission, ESS et certifiée B Corp depuis avril 2023, Gojob s’engage sur le recrutement et la formation de profils éloignés de l’emploi.

  • « Notre audience principale porte sur les personnes sans formation ni qualification avec un moyenne d’âge autour de 35-40 ans. 98 % d’entre eux ont un smartphone. C’est leur premier moyen d’accès à l’information. Plus besoin de se rendre dans une agence ;
  • Le mot intérim - méconnu - n’intervient pas au débit de la relation. Nous proposons un job qui offre de la sécurité et des garanties en termes de mutuelle ou de protection sociale ;
  • Nous faisons tout pour faciliter la vie des intérimaires. Ils peuvent demander un acompte sur salaire dès le premier jour de travail. Nous allons étoffer la liste des services touchant à l’épargne, au logement ou au permis », indique Benjamin Vallat.

Autre initiative dans le domaine de l’évaluation des compétences sous la bannière Gojob Academy : des tests réalisés en visio, qui permettent d’enrichir les profils et de nourrir le matching. « Néanmoins, les compétences sont toujours validées dans le cadre d’entretiens réels », précise notre interlocuteur.

« Nous faisons aussi des sessions de recrutement sur les sites des clients. Nous avons 30 implants* en France. Nous mettons en ligne des parcours vidéo. Ainsi, l’intérimaire visualise le parking, les locaux, les équipements de sécurité de l’organisation. Il peut déjà se projeter dans la mission », indique Benjamin Vallat.

*une agence hébergée chez un client ou une cellule de coordination pour les grands groupes. On parle aussi de “inhouse”.

Iziwork : le dossier qui agite le secteur à la rentrée

• Iziwork est placée en redressement judiciaire depuis le 12 septembre 2023, en raison d’une situation financière difficile à gérer malgré un certain seuil de rentabilité atteint.
• En l’état actuel, 2 acteurs ont manifesté un certain intérêt :
- Adecco, qui a déjà acquis QAPA en 2021 ;
- Proman, qui a annoncé de manière précoce un rapprochement direct avec Iziwork le 5 septembre 2023. Mais il a dû reculer pour prendre en compte l’activation de la procédure de redressement judiciaire survenue 7 jours plus tard.
• Les repreneurs potentiels ont jusqu’à aujourd’hui [ndlr : 25 septembre 2023] pour déposer un dossier auprès des administrateurs judiciaires mandatés.
• L’effectif d’Iziwork est de 121 salariés « permanents » entre la France et l’Italie et de 6485 intérimaires actifs. Le chiffre d’affaires consolidé se situe à 244 millions d’euros en 2022, dont 187 millions d’euros en France.
• La start-up a été cofondée en 2018 par Alexandre Dardy, qui demeure le CEO, et Mehdi Tahri, qui a quitté la société en juin 2022. Elle a levé 55 millions d’euros en cumul et dispose d’actionnaires de référence comme Bpifrance et Cathay Innovation.

(Dossier réalisé par Xavier Biseul et Philippe Guerrier)