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Les plateformes LMS sont-elles devenues incontournables ?

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Le salon Solutions RH vient de fermer ses portes. Le moment est alors propice pour s’attarder sur le marché des plateformes LMS (Learning Management System). En plein boom cette année, il profite de l’engouement des entreprises vers la gestion de la formation. Mais à quoi ressemble précisément ce marché ? Comment évolue-t-il ? En quoi les éditeurs se montrent-ils innovants ? Et sur quelles bases les entreprises déterminent-elles leur choix ?

Les plateformes LMS sont-elles devenues incontournables ? - © D.R.
Les plateformes LMS sont-elles devenues incontournables ? - © D.R.

1 - Plateformes LMS : un marché en pleine expansion

Les indicateurs sont définitivement au vert du côté des éditeurs de LMS. Au niveau mondial comme plus spécifiquement au niveau français, les entreprises semblent avoir pris la mesure de tels outils. En 2013, le marché devrait progresser de plus de 10 % et atteindre 1,9 milliard de dollars.

Les perspectives sont alléchantes si l’on se fie à l’enquête annuelle sur le marché du LMS dans le monde rendue publique par le cabinet Bersin by Deloitte en octobre 2012. Une croissance due à la volonté des entreprises de combler le plus rapidement possible leurs besoins de compétences. En ce sens, les plateformes LMS répondent à cette demande très actuelle. Elles permettent la création de contenu et sa diffusion, le partage des connaissances et la mise à disposition de formations en temps voulu et selon la forme désirée. En définitive, elles structurent les stratégies e-learning menées dans les entreprises.

Une croissance bénéfique aux grands acteurs

Sur ce marché florissant, quelques gros éditeurs (Sum Total, SAP, Oracle) continuent d’être bien représentés, notamment par le biais d’acquisitions récentes (SuccessFactors pour SAP et Taleo pour Oracle). Mais quand ces derniers étaient occupés à finaliser leurs opérations de rachat, CornerStone OnDemand s’imposait de plus en plus sur le marché mondial. Le chiffre d’affaires de cet éditeur totalement tourné vers le SaaS a connu un réel décollage puisqu’il s’élevait en 2012 à 117,9 millions de dollars, soit une hausse de 56 % par rapport à 2011.

Les éditeurs français bien représentés

Mais ces gros acteurs qui versent surtout dans la gestion des talents sont loin d’asphyxier le marché. D’autres éditeurs plus spécialisés dans la gestion de la formation y trouvent aussi leur part comme le Suisse MindOnSite, filiale de Demos. Les éditeurs français sont également loin de faire profil bas à l’image de CrossKnowledge, FuturSkill (anciennement Syfadis) ou encore e-doceo. Tout récemment, ce dernier recevait un prix Brandon Hall, un Bsoco award et se classait dans le Top 20 authoring tools. Une belle performance pour cette société au chiffre d’affaire de plus de 6 millions d’euros.

Un fort taux de renouvellement

Au vu du nombre d’entreprises non-équipées, le marché du LMS est encore loin d’être saturé. « C’est notamment le cas des entreprises de taille moyenne qui entrent peu à peu sur le marché. D’autre part, il y a un important marché de renouvellement. Des sociétés déjà équipées sont amenées à changer de LMS au moins pour deux raisons. D’une part, leurs besoins et leur niveau de maturité évoluent, ce qui les amène souvent à passer d’un LMS « maison » ou inadapté à une solution plus professionnelle. Par ailleurs, les grandes sociétés voient souvent proliférer les petites solutions dans leurs différents services, et souhaitent reprendre le contrôle en adoptant une solution unique », explique Sébastien Fraysse, consultant e-learning et fondateur de Knowledge Decision. De quoi dynamiser le marché pendant encore quelques années.

2 - Gestion des talents et gestion de la formation : le ticket gagnant ?

C’est un mouvement de fond. De plus en plus d’éditeurs ne jurent plus que par une gestion de la formation intégrée à la gestion des talents. Est-ce l’évolution logique ? Ou les spécialistes des solutions de gestion de la formation ont encore leur carte à jouer ?

En janvier, SilkRoad lançait sur le marché français sa plateforme LMS GreenLight. Un de plus parmi les spécialistes de la gestion des talents à fournir également sa solution de gestion de la formation. « Ce sont des modules extrêmement liés les uns aux autres qui permettent de suivre la vie d’un salarié de A à Z », fait remarquer Didier Bichon, vice-président EMEA de SilkRoad. D’après le livre blanc sur l’usage des plateformes LMS et de gestion des talents dans les entreprises françaises publié par le Féfaur, 15 % des grandes entreprises interrogées déclarent être équipées d’une plateforme unifiée. Preuve que le phénomène émerge. Mais tendra-t-il à s’imposer pour autant ? Pour le vice-président de SilkRoad, cela ne fait aucun doute : « Les sociétés cherchent aujourd’hui à intégrer les solutions les unes aux autres. Demain, on ne parlera plus que d’une seule solution de gestion des talents, depuis le recrutement jusqu’au e-learning. »

Composer avec la culture interne de l’entreprise

Il est vrai que les solutions intégrées ont l’avantage de fournir aux entreprises un outil doté d’une même ergonomie, exempt de problèmes de compatibilité. « La convergence entre gestion de la formation et gestion des talents est une tendance forte chez les éditeurs. Sur le terrain, on trouve de tout. Si certaines entreprises ont compris l’intérêt d’une telle intégration, d’autres se heurtent à une inertie liée à l’existant et à la culture interne. L’intégration entre ces deux domaines se fait encore souvent à minima », a pu observer Sébastien Fraysse, consultant e-learning et fondateur de Knowledge Decision.

Centrer sur l’apprentissage

De leur côté, les éditeurs spécialisés dans le domaine de la gestion de la formation ont aussi leur lot d’arguments. « On peut se dire qu’il paraît assez logique d’intégrer dans un seul et même workflow la gestion du recrutement, la gestion des talents, la gestion de la formation… Pour autant, on ne part que du SIRH. Il manque un chaînon, les gens de l’autre côté de l’ordinateur. Un outil de workflow n’est pas un outil d’apprentissage », insiste Steve Fiehl, cofondateur de CrossKnowledge. Les spécialistes de la gestion de la formation préfèrent donc se concentrer sur leur coeur de métier tout en développant un système de connecteurs pour étendre leur compatibilité aux différents outils de l’entreprise.

Ces éditeurs sont souvent plus à l’aise à l’idée de personnaliser leurs solutions en fonction des demandes. Ainsi MindOnSite est-il souvent appelé pour réaliser un déploiement sur un département en particulier, pour travailler à la fois sur la formation interne et externe. « Nombre d’entreprises développent la formation externe, à destination des clients, partenaires et fournisseurs, sans aucun lien avec la gestion des talents  », signale Sébastien Fraysse. La tendance naturelle à vouloir associer gestion de la formation et gestion des talents est donc bien réelle, mais elle ne devrait pas porter ombrage aux éditeurs spécialisés.

3 - Comment s’intègrent les tendances fortes aux plateformes LMS ?

Les plateformes LMS, comme pour l’ensemble des solutions SIRH, ne dérogent pas à la règle. Il y est question de SaaS, de réseaux sociaux et d’accès mobile. Comment ces trois grandes tendances sont-elles intégrées dans les outils de gestion de la formation ?

Le SaaS en forte progression 

Si l’on se réfère au livre blanc sur les usages des plateformes LMS et de gestion des talents publié par le Féfaur, 44 % des grandes entreprises sondées y déclarent détenir une plateforme LMS en mode SaaS. Le pourcentage peut sembler peu élevé par rapport au mode licence mais le SaaS fait tout de même une percée significative puisque 70 % des plateformes de ce type avaient moins de deux ans au moment de l’enquête fin 2012. Du côté des éditeurs, la plupart continue encore à proposer un mode hébergé. « Le SaaS exige d’avoir pensé un produit extrêmement configurable, suffisamment pour qu’une seule et même application puisse convenir au plus grand nombre sans avoir à modifier le produit. Certains éditeurs sont de vrais spécialistes de l’exercice et profitent d’un marché en forte croissance. D’autres au contraire valorisent leur capacité à assurer un déploiement au sein de l’entreprise, car la demande continue à exister, souvent pour des raisons de sécurité  », précise Sébastien Fraysse, consultant e-learning et fondateur de Knowledge Decision.

Les vertus de l’apprentissage social

La majorité des éditeurs incitent également au social learning via l’apport de nouvelles fonctionnalités. La plateforme LMS de SilkRoad est ainsi directement intégrée au réseau social d’entreprise fourni par l’éditeur. CrossKnowledge a développé un environnement collaboratif imbriqué dans sa plateforme. « Pour réussir ces nouveaux usages de la formation à distance dans une expérience positive et très proche de ce qui se passe sur Facebook, le concept du LMS d’un côté et des réseaux sociaux de l’autre est complètement dépassé », pense Steve Fiehl, cofondateur de l’éditeur français. Et qui dit social learning, dit wiki, blog, forum, microblogging… Tout un arsenal d’outils pour que l’apprenant n’ait pas la sensation de se retrouver seul derrière son ordinateur ou sa tablette.

Le mobile learning de plus en plus présent

L’aspect mobile est loin d’être négligé dans les nouvelles solutions qui arrivent sur le marché. Les entreprises comme les apprenants y accordent désormais beaucoup d’importance. Mais alors que les éditeurs se contentaient au départ de modifier les contenus en fonction de la résolution de l’écran, ils sont aujourd’hui capables de fournir en plus une véritable formation répondant aux spécificités d’un usage mobile. « Sur tablette, nos contenus sont plus courts, plus interactifs. On va éviter d’avoir à taper du texte. Sur téléphone mobile, on va proposer des quizz légers, de la vidéo et des rappels pour ceux qui doivent se former en présenciel  », énumère Élodie Primo, cofondatrice de MindOnSite. Sébastien Fraysse le reconnaît : « Les éditeurs ont fait de gros efforts dans ce domaine et ce n’est que le début. La tâche n’est pas simple car les systèmes mobiles évoluent à un rythme très rapide, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de compatibilité. »

4 - 4 conseils pour réussir l’implémentation de sa plateforme LMS

Avec un marché en forte croissance, bon nombre d’entreprises devraient être confrontées au choix puis à l’implémentation de leur plateforme. Pour réussir ce processus important dans l’établissement d’une stratégie e-learning, plusieurs étapes seront nécessaires.

1. Réfléchir aux enjeux de formation

On l’a dit, la mise en place d’une plateforme LMS est un grand chantier qui s’inscrit dans une stratégie e-learning bien définie. « Les plateformes sont là pour servir les business », rappelle très clairement Élodie Primo, cofondatrice de MindOnSite. À partir de là, il est important que les enjeux de formation soient en phase avec la stratégie de l’entreprise. Après réflexion, il se peut parfois que la plateforme LMS ne se révèle pas nécessaire. « L’entreprise ne doit pas penser d’abord à se doter d’un LMS. Cela peut prendre trois ou quatre ans avant cela. Elle ne doit pas imaginer que parce qu’elle s’est dotée d’un LMS, elle peut maintenant penser au contenu qu’elle va y mettre », signale Steve Fiehl, cofondateur de CrossKnowledge.

2. Fonctionner par étapes successives

« Il est important d’avancer pas à pas, de penser son projet en étapes successives, d’avoir la modestie de penser qu’on va apprendre à chaque étape du projet et que cela aura une influence sur la manière d’aborder les étapes suivantes  », déclare Sébastien Fraysse, consultant e-learning. Cela peut passer par le développement de la plateforme sur un seul département de l’entreprise pour commencer, avant d’élargir petit à petit si tout se passe bien. Mais avant cela, Élodie Primo en est convaincue : « Il faut bien essayer les systèmes avant d’acheter.  » Ne serait-ce que pour se rendre compte que l’outil est ergonomique, agile, que les fonctionnalités répondent aux besoins (accès aux formations, gestion des inscriptions et des catalogues, émission des rapports, gestion des communautés de pratiques…).

3. Développer la culture d’apprentissage

La réussite du projet devra obligatoirement passer par la satisfaction des utilisateurs. Ce qui implique à la fois le choix d’un outil adapté et un accompagnement au changement tout le long du processus. Pour cela, il faudra probablement désigner des ambassadeurs, convaincus par la solution et qui sauront convaincre leurs pairs.

4. Penser à son propre accompagnement

Il sera également utile de s’entourer d’un consultant lors de l’implémentation. Il peut être essentiel à l’étape du choix, mais il le sera également à l’étape suivante. « Le mieux serait qu’il ait des connaissances dans le secteur de l’entreprise », précise Élodie Primo. Il pourra alors mieux aider dans les différents process.

Aurélie Le Caignec

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