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Estelle Sauvat, Groupe Alpha : “Redonner du sens au travail en sortie de crise Covid-19”

Le | Droit de la formation

En amont d’un évènement sur les « Transformations de demain » organisé le 10 juin 2021, la directrice générale de Groupe Alpha aborde les grands enjeux du marché du travail après cette crise inédite.

Les transformations de demain : la perception d’Estelle Sauvat, Directrice générale de Groupe Alpha - © DR.
Les transformations de demain : la perception d’Estelle Sauvat, Directrice générale de Groupe Alpha - © DR.

« Les entreprises ont toutes vécu des situations très différentes et se sont organisées de façons très différentes face aux conséquences de cette crise, aussi la sortie de crise sera nécessairement polymorphe », selon Estelle Sauvat, Directrice générale de Groupe Alpha

Cette interview teasing permet de mettre en avant le Forum « Débats d’aujourd’hui, Transformations de demain » qui sera organisée le 10 juin 2021 par Groupe Alpha à la Maison des Océans à Paris au format phygital, en partenariat avec News Tank. 

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  • Quelles sont les transformations en cours de l’économie, accélérées, voire révélées, par la crise sanitaire ? Quelles seront les modalités de relance pour la France et l’Europe ?
  • Dans ce contexte, comment retrouver ou maintenir le lien social au sortir de la crise ?
  • Quelles nouvelles formes d’organisation envisager pour réinventer les collectifs de travail ?

Ces questions sont essentielles alors que s’amorce la sortie de cette crise inédite “dont on est encore loin de mesurer l’ensemble des coûts et impacts, en particulier les coûts sociaux à retardement”, estime Estelle Sauvat, qui dirige le cabinet conseil dans les relations sociales et les conditions de travail.

A votre avis, quelles sont les caractéristiques de la crise que nous traversons ?

L’effet d’une véritable détonation sur nos économies

Nous vivons une crise inédite : la mise en confinement de la société est un processus qui consiste à passer d’un mode de vie normal à un mode de vie proche du coma artificiel et c’est bien ce que viennent de vivre nos sociétés.

Cette situation a fait l’effet d’une véritable détonation sur nos économies et ce, dès le mois d’avril 2020, avec un arrêt brutal de l’activité huit fois plus important que celui que nous avions enregistré lors de la crise financière de 2008.

En revanche, par rapport à une crise comme celle de 2008, cette fois, la réaction des politiques a été beaucoup plus rapide. Ils ont ainsi repris la main pour limiter son impact, ce qui pose maintenant la question de son impact budgétaire mais leur intervention était nécessaire et tous l’ont reconnu.

Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont bas mais comment allons-nous, sur le long terme, pouvoir gérer la question de cette dette ? Cette question est devant nous.          

Justement, quels seront les coûts de cette crise pour nos économies et nos sociétés ?

Il faudra prendre en compte les coûts sociaux à retardement

Une des questions posées est de savoir si le fameux « Quoi qu’il en coûte », posé par le Président de la République, prendra en compte l’ensemble des coûts de la crise, à la fois les coûts immédiats comptables que l’on chiffre à 160 ou 170 milliards d’euros, pris en charge par l’État, mais aussi les nombreux coûts sociaux à retardement ?

Je pense, par exemple, aux risques psychiques, 20 % des Français souffrent d’un état dépressif, soit une hausse de 10 points par rapport à une période sans épidémie. Ces situations et une détérioration générale de la santé peuvent déboucher sur de l’absentéisme.

Certes, aujourd’hui, l’activité partielle et l’APLD absorbent jusqu’à 20 % de cet absentéisme, d’où une baisse par rapport à l’année dernière, mais avec le retour à l’emploi, l’absentéisme ne risque-t-il pas de rebondir ?

Il y a des coûts parallèles liés à des reports de soins, à la baisse de naissance mais également à la fermeture des écoles.

Un excellent rapport de l’OFCE, paru en décembre 2020 sur les jeunes, montre que ces jeunes ne sont pas atteints par le virus mais par une forme de sinistrose.

Selon ce rapport, un jeune sur six a arrêté ses études après la crise. 6 semaines d’arrêt d’école équivaut à 0,5 % de PIB perdu.

Le coût social de cette crise, pour les volets apprentissage et compétences, reste à mesurer.

Sur le plan de l’emploi également, si l’on regarde le nombre de personnes impactées par des PSE entre 2017 et 2021, leur chiffre a été multiplié par quatre.

Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg car il y a eu l’entrée en vigueur des ordonnances de 2017 qui a ouvert de nouvelles voies de négociation dans l’entreprise avec la multiplication des dispositifs de rupture négociée.

En 2020, nous étions autour de 400.000 ruptures conventionnelles, soit presque cinq à six fois plus que le nombre de personnes en situation de licenciement.

Certains d’entre eux deviennent d’ailleurs ensuite des invisibles, certains passent par des dispositifs de droit commun de Pôle Emploi, mais il faut s’interroger sur la façon dont ces personnes vont rebondir dans l’économie de demain.

Car, si l’économie est aujourd’hui en suspens, il y aura demain besoin de compétences, a fortiori si l’on fait le pari d’une reprise en “V” que tout le monde attend, c’est-à-dire après la chute rapide que nous avons vécue, une reprise rapide que nous espérons la plus solide possible.

Quelles seront les conditions et la forme du rebond que nous attendons tous ?

Le dialogue et la négociation ont été des éléments clés.

La sortie de crise sera nécessairement polymorphe. Les entreprises ont toutes vécu des situations très différentes et elles se sont organisées de façons très différentes face aux conséquences de cette crise, qu’il s’agisse des réponses économiques, du rapport au télétravail ou au sens du travailpar exemple.

Ceci va faire naître une attente colossale, notamment chez les managers et les RH, qui ont constitué, eux aussi, une première ligne. Ne sous-estimons pas que certains d’entre eux sont aujourd’hui proches de la saturation, au regard de ce qu’ils viennent de traverser et de gérer.

À ce titre, le dialogue et la négociation ont été des éléments clés, grâce à une analyse lucide de la situation, qui a permis aux entreprises de passer la crise, tant bien que mal, avec, parfois, malheureusement, de grandes difficultés pour préserver l’ensemble des compétences.

Les acteurs de l’entreprise ont tous été mis à rude épreuve et chacun a fait preuve de responsabilité. Dans ce contexte, les RH comme les managers vont devoir :

  • prendre le temps de faire un état des lieux des situations traversées.
  • se former pour être en situation de détecter les signaux faibles du quotidien dans la phase post-crise.

Il y aura sans doute besoin d’écoute, d’attention pour éviter les faux-pas, en particulier avec des situations de télétravail plus massives et pour redonner du sens au travail.

Les formations au management seront probablement une des clés de la réussite dans les mois qui viennent, comme la reconfiguration des modèles d’animation des collectifs de travail en entreprise.

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