Paie

Freelance : Jump revisite le modèle du portage salarial

Par Philippe Guerrier | le | Externalisation de la paie

La start-up Jump veut faciliter le travail en indépendant en s’alignant sur les avantages sociaux des salariés. Avec un tarif d’abonnement attractif. Le modèle est décortiqué par le CEO Nicolas Fayon.

Les 3 cofondateurs de Jump : Thibault Coulon (COO), Nicolas Fayon (CEO) et Maxime Bouchet (CRO) - © D.R.
Les 3 cofondateurs de Jump : Thibault Coulon (COO), Nicolas Fayon (CEO) et Maxime Bouchet (CRO) - © D.R.

C’est un modèle intéressant à suivre qui est creusé dans le sillon du portage salarial

Sous la marque Jump, la start-up Freelancer Launchpad SAS propose aux 4 millions d’indépendants recensés en France :

  • une couverture sociale similaire à celle des salariés grâce à des statuts adaptés au portage salarial ou à la coopérative d’activité,
  • des frais de gestion à un tarif mensuel fixe pour tous les indépendants (79 €/mois). Et ce, sans prise de commission sur le chiffre d’affaires réalisé à travers l’activité (un système classique dans le secteur du portage salarial).

Depuis le début de la commercialisation de l’offre en septembre 2021, 500 indépendants ont adhéré à l’offre Jump, ce qui a permis de générer un volume d’affaires de 3 millions d’euros.

Levée de fonds : un premier jet pour Jump

En novembre 2021, Jump a levé 4 millions d’euros auprès :
• du fonds d’investissement Index Ventures,
• de 16 business angels dont Nicolas Brusson (Blablacar), Hanno Renner (Personio), Thibaud Elzière (eFounders) et Laurent Ritter (Voodoo).

L’effectif de Jump est passé de 4 à 30 personnes en huit mois. Il devrait tripler d’ici fin 2022.

Organisation du travail en indépendant…avec un CDI 

« Nous avons complètement digitalisé le portage salarial, ce qui a permis d’aboutir à un abonnement mensuel fixe pour tous les travailleurs indépendants, quel que soit le secteur d’activité sauf les professions libérales réglementées », explique Nicolas Fayon, CEO de Jump.

« Les freelancers disposent d’un CDI comme les salariés en conservant leur liberté : choisir son organisation de travail et son niveau de facturation, accepter ou non des missions, sélectionner ses clients », poursuit-il.

Jump veut élargir le concept du portage à toutes les populations d’indépendants, dont les 100 000 salariés déjà portés en France.

« Nous ciblons :

  • les personnes salariées qui veulent quitter leur job pour devenir indépendants,
  • les indépendants déjà établis,
  • les travailleurs qui ont une SASU et une EURL.

« Le spectre de cibles est large : micro-entrepreneurs, travailleurs des plateformes, professionnels de l’immobilier comme ceux d’IAD [au statut d’agent commercial immobilier indépendant]…sauf les professions réglementées. »

Statut d’indépendant : la double entrée de Jump

« Selon le profil des indépendants, nous les redirigerons soit :

• vers une structure de portage salarial,
• vers une structure de coopérative que nous détenons.

 »Ces structures sont chapeautées par la maison-mère de Jump (Freelancer Launchpad SAS ). C’est pour cette raison que nous présentons comme un super employeur qui s’adapte aux profils des indépendants. Tout en respectant la législation en vigueur et en sécurisant les activités des freelancers», indique Nicolas Fayon.

Couverture globale des indépendants

L’offre Jump comporte plusieurs volets « pour faciliter la vie des indépendants » :

  • gestion administrative (dont un contrat de travail en CDI et un bulletin de paie générés),
  • chômage et retraite,
  • emprunt (aide pour monter des dossiers auprès des banques),
  • protection sociale,
  • déduction des frais professionnels,
  • mutuelle et prévoyance.

Jump travaille avec des partenaires pour étoffer son offre de services d’accompagnement pour les indépendants dont :

  • Alan (assurance santé),
  • Groupe AXA (assurance),
  • Malt, Crème de la Crème, Talent.io (plateformes de travailleurs indépendants),
  • Simbel (formation).

Jump contre le portage salarial « opaque »

Selon une évaluation de Jump, il existe en France :

  • 600 entreprises de portage salarial,
  • 150 coopératives.

« Ce ne sont pas nos concurrents directs. En 2022, nous voulons être le choix logique des indépendants. Nous essayons de supprimer les frictions que rencontrent les freelancers sur ce marché pour qu’ils conservent ce statut à vie », indique Nicolas Fayon.

Traditionnellement, le portage salarial est associé à un système de commissionnement basé sur le CA.

« C’est un petit secteur qui est cher et qui a souvent souffert d’opacité dans le traitement des fiches de paie. Il a été limité par ses propres ambitions », évoque Nicolas Fayon.

« La transparence est l’une des qualités de Jump. Nous nous sommes rapprochés de l’Urssaf pour sécuriser notre projet. Nous sommes sereins car nous nous inscrivons dans un cadre juridique existant que nous respectons à la lettre. Mais certains fonctionnements verticalisés comme le monde des VTC ou de l’immobilier ont été construits autour du salariat ou de l’indépendance. Jump représente le mix des deux. Nous voulons montrer aux pouvoirs publics qu’il existe d’autres voies à explorer pour les indépendants, pour récupérer davantage de taxes et réduire la fraude. »

Jump inspiré par le rapport Frouin

• Jump approuve les conclusions du rapport « Réguler les plateformes numériques de travail » co-rédigé par Jean-Yves Frouin, ex-président de la chambre sociale de la Cour de cassation, et remis au gouvernement le 02/12/2020.

• Il préconise notamment la généralisation du recours à un tiers pour salarier les travailleurs des plateformes, leur permettant d’accéder au régime général de la Sécurité sociale, à l’assurance chômage, à tous les droits et avantages liés au salariat.

« Nous sommes les disciples de Jean-Yves Frouin. La publication du rapport et le développement des activités de Jump ont constitué un alignement de planètes », évoque Nicolas Fayon.

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