Qvt

« 10 jours pour hacker le travail » : le CEO de Gojob en mode shake-up d’idées

Par Philippe Guerrier | le |  Motivation & engagement

A travers 10 propositions fortes décrites dans un nouvel ouvrage, Pascal Lorne, fondateur de Gojob, esquisse les contours d’une nouvelle société du travail.

Pascal Lorne, CEO de Gojob et son ouvrage : « 10 jours pour hacker le travail » - © Elodie Grégoire ainsi que la mention de @wellio
Pascal Lorne, CEO de Gojob et son ouvrage : « 10 jours pour hacker le travail » - © Elodie Grégoire ainsi que la mention de @wellio

La période de confinement a été propice à la réflexion. Ainsi, Pascal Lorne vient de mettre sur le papier une série de propositions dans un ouvrage intitulé : « 10 jours pour hacker le travail ».
Cet entrepreneur du numérique a fondé Gojob, du nom d’une agence par intérim nouvelle génération qui a levé 11 millions d’euros en début d’année. Auparavant, il avait lancé plusieurs entreprises de la tech entre l’Europe et les USA comme Ismap dans la cartographie numérique et Miyowa dans la fourniture de services mobiles.
Dans son ouvrage, il émet une série de propositions concrètes et parfois iconoclastes entre l’entrepreneuriat et la politique. Pour RH Matin, Pascal Lorne récapitule les dix propositions phares associées à des éclairages exclusifs de sa part.

« Luttons contre les prophètes du malheur »

« La France a mal à son travail avec une manière technocratique et anxiogène de l’exprimer. La réforme des 35 heures et les RTT [portée par le gouvernement Jospin à partir de l’année 2000] donnent l’impression que le travail représente du temps perdu. Nous dévalorisons le temps de travail en le mettant en opposition aux loisirs. Je n’entre pas dans un discours idéologique anti-gauche. Du côté de la droite, le slogan “Travailler plus pour gagner plus” - utilisé par Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle de 2007 - a réduit le travail à sa portion congrue qui consiste à gagner de l’argent.

Or le travail peut être bénévole, associatif, rémunéré au sein d’une entreprise ou dans le service public. C’est un élément important dans la construction de l’homme et dans sa dignité.

« Réinventons l’apprentissage »

Il faudrait démystifier cette voie dès le collège

« Dans l’inconscience collective, sa portée demeure limitée pour des métiers dans la coiffure, la plomberie et de l’ensemble des métiers à tension pour les cols bleus. L’apprentissage dépasse la fonction manuelle. Il faudrait démystifier cette voie dès le collège et la faire découvrir en entreprise, dans les associations ou les services publics au lieu de jeter les jeunes en pâture dans le monde du travail. La transition s’effectuerait de manière plus sereine et le système serait mieux accepté par les entreprises si les procédures étaient moins compliquées. C’est un décloisonnement qui peut être mis en œuvre en quelques semaines. »

« Réhabilitons le chômage ! »

« Nous avons mis en place en France un système incroyable de cotisations à travers lequel nous sommes capables de payer une personne pendant 18 mois à diverses choses : se reposer, se reconstruire, déménager vers un autre bassin d’emploi, se ré-inventer, se former.

Au lieu de montrer du doigt le chômeur, il faudrait l’encourager à se reconvertir et à rebondir dans un domaine dans lequel il serait heureux. »

« Abolissons le CDI »

Les gens ont peur de sortir de ce cocon

« Le CDI s’est transformé en effet de caste avec un cadre fermé et biaisé, qui devient mortifère. Il est présenté comme un contrat à durée indéterminée alors que nous savons tous qu’il va s’arrêter tôt ou tard. Lorsque la rupture du contrat est envisagée, c’est toujours crispant des deux côtés.

  • L’employeur estime que ça va lui coûter cher ;
  • L’employé n’a pas pas envie de quitter ce confort avec une perspective de chômage.

Les gens ont peur de sortir de ce cocon et ne veulent pas prendre le risque de se former à l’extérieur. On aboutit à une forme de bore out. Cette mesure est liée à la proposition précédente avec l’image du chômage et du statut du chômeur qu’il faut revaloriser. »

« L’arnaque de l’autoentrepreneuriat »

« Nous parlons d’entreprises de VTC et de livraisons à domicile avec des travailleurs qui ont des liens patents de subordination avec leurs employeurs, malgré les dénégations des employeurs. Ils utilisent les autoentrepreneurs comme des tâcherons ou des esclaves modernes en s’affranchissant de payer des charges sociales et patronales.

Cela part en profit pour des sociétés américaines et cela représente des pertes pour nos caisses de cotisations.

A l’origine, le système de l’autoentrepreneuriat était bon car il avait permis de générer des emplois et d’ouvrir des petits business. Mais il a dérivé quand des plateformes ont commencé à imposer ce statut à ces candidats, tout en contournant les obligations sociales et fiscales. »

« GAFAM : le casse du siècle »

« Je m’oppose aux montages d’optimisation fiscale pour éviter de payer l’impôt sur les sociétés. Pour Google, la France serait le troisième centre de revenus dans le monde à compter en milliards d’euros. Le groupe Internet en déclare 400 millions avec un système centralisé à Dublin. Cette faille dans le système fiscal européen est un véritable scandale. »

« Vers une harmonisation européenne du cadre du travail »

« C’est un sujet dramatique à lier avec le précédent : l’harmonisation fiscale doit aller de pair avec l’harmonisation sociale.

Le coût du travail et les systèmes de protection sociale sont trop différents dans l’Eurozone et l’Union européenne, avec des effets de dumping.

Cela donne lieu à des contournements du droit dans lesquels certaines sociétés américaines s’engouffrent et nous aboutissons à des non-paiements de charges sociales et de non-versements de TVA. Je trouve qu’il y a un manque de courage de nos dirigeants politiques. »

« Travail et l’intelligence artificielle : trouver les bonnes combinaisons d’apprentissage »

« A travers Gojob, nous travaillons sur l’IA depuis un an. Les robots n’apprennent que ce qu’on leur demande d’apprendre.

Si le travail d’apprentissage est bien fait, les robots nous font gagner du temps.

C’est un point bon pour réaliser les tâches chronophages et à faible valeur ajoutée mais il ne faut pas penser que l’IA est destructeur d’emploi et que c’est dangereux pour les travailleurs humains. Il ne faut pas évoquer ce sujet en termes de remplacement mais de combinaison pour enrichir le travail. »

« Vers la dignité retrouvée »

« Nous sortons d’une ère capitaliste dans lequel le travail est réduit à sa fonction de créer de la valeur économique. Le travail n’est pas que cela. Si les dirigeants prenaient le temps d’expliquer à leurs salariés la vision d’entreprise et le sens des missions, les collaborateurs s’engageraient davantage dans leurs fonctions et leurs métiers. »

« L’après Covid-19 : une graine a été définitivement semée »

Un temps de réflexion transformateur à grande échelle

« Ce que nous avons vécu - c’est-à-dire stopper l’activité de la planète entière en impliquant plus d’un milliard de personnes - laissera des traces. C’est un moment unique dans l’histoire de l’Humanité. Tout le monde s’est posé des questions sur le pourquoi des choses au cours de cette période. Peut-on mieux vivre en évitant de se déplacer et en consommant différemment ? Ce temps de réflexion peut être plus transformateur à grande échelle que n’importe quelle réforme engagée à coup de milliards. »

« 10 jours pour hacker le travail. Et quelques enseignements tirés du confinement… »
Par Pascal Lorne, ouvrage aux éditions Débats Publics, sortie en juin 2020, 18 euros TTC

(Crédit photo : Elodie Grégoire, @wellio)

 

 

Transférer cet article à un(e) ami(e)