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Wanted : le chasseur de têtes du digital débarque en France avec un modèle détonant

Par Philippe Guerrier | le | Site emploi spécialisé

La start-up Wanted, issue de la French Touch de New York, s’installe en France avec sa marketplace dédiée au débauchage de talents. Le point avec Eva Peris, Directrice associée.

Eva Peris, Wanted : la France comme relais de croissance pour la marketplace qui sert à débaucher. - © D.R.
Eva Peris, Wanted : la France comme relais de croissance pour la marketplace qui sert à débaucher. - © D.R.

Le modèle Wanted débarque en France avec son profil de chasseur de tête digital. Cette start-up, créée par des entrepreneurs français installés à New York (voir encadré en fin de sujet), s’est spécialisée dans le débauchage de talents.

La mise en relation entre talents et entreprises qui recrutent est réalisée par le biais d’une marketplace. Eva Peris, Directrice associée et cofondatrice de Wanted, explique le modèle importé dans l’Hexagone.

« Après avoir validé notre business model et démontré que notre produit fonctionne, nous cherchons à nouveau à lever des fonds. L’opération de financement devrait être bouclé d’ici l’été prochain », évoque-t-elle dans un entretien pour RH Matin, en partenariat avec News Tank RH.

Comment déployez-vous vos activités en France ?

Nous avons déjà inscrit 10 000 talents français.

Nous avons une équipe internationale, avec une majorité de Français dans l’équipe fondatrice. Partech, fonds d’investissement basé en France, est l’un de nos principaux investisseurs. Une partie de l’équipe se trouve en France ou en Angleterre.

Du coup, la France sera notre deuxième marché.

Avec notre service 100 % digital, ce n’est pas compliqué de pénétrer le marché français malgré la crise Covid-19 qui limite les déplacements. L’objectif est de constituer un réseau de talents sur notre plateforme et de trouver des clients qui veulent embaucher. A terme, nous aurons probablement un bureau à Paris pour couvrir le marché européen mais nous n’en ressentons pas la nécessité pour le moment.

Notre équipe en télétravail est encore petite et flexible : 5 fondateurs et un réseau de 300 personnes (« talent success managers ») qui détectent les talents et nourrissent notre base de données.

La moitié d’entre eux cernent le marché français. Nous sommes en mesure de les mobiliser en fonction des profils pour accélérer les recherches en fonction des attentes de nos entreprises clientes. Nous avons déjà inscrit 10 000 talents français.

Comment définiriez-vous votre profil de « chasseur de tête digital » ?

Nous sommes une marketplace qui se concentre sur les talents passifs. Ces personnes actuellement en poste ne sont pas actives dans leur recherche d’emploi mais elles restent à l’écoute du marché et ouvertes aux opportunités. Elles attendent l’offre d’emploi parfaite.

Les talents passifs correspondent au terrain de jeu favori des chasseurs de tête. Plus de la moitié des postes sont attribués à des talents qui n’étaient pas initialement en recherche de travail. Ce segment n’est pas exploité par les job boards. Nous ne contactons le talent passif qu’à partir du moment la proposition est en adéquation avec ses prétentions salariales déclarées.

Au préalable, le talent passif s’inscrit sur Wanted et accepte de nous transmettre le lien de sa fiche LinkedIn. En interne, notre équipe se charge du matching entre le talent passif et l’entreprise cliente intéressée par son profil. Nos talent success managers prennent contact avec les profils intéressants par les réseaux sociaux ou de l’e-mailing par exemple.

  • l’entreprise cliente précise le profil recherché (compétences, niveau de salaire, niveau d’expérience professionnelle…) ;
  • Wanted analyse les critères intégrés et fournit à l’entreprise une évaluation sur les chances de recrutement sur notre plateforme sous les conditions fixées par ses soins ;
  • l’entreprise cliente peut ensuite affiner les critères pour améliorer son score. L’ajustement se fait souvent au niveau du salaire à relever ;
  • une fois la campagne validée et délivrée, Wanted contacte par mail ou par SMS les talents inscrits sur notre plateforme qui correspondent au profil recherché par l’entreprise ;
  • si le talent accepte d’étudier l’opportunité, ses coordonnées sont transmises à l’entreprise. S’il refuse de postuler, il demeure totalement anonyme.

L’entreprise analyse la sélection de profils reçus et établit sa short-list. Wanted assure ensuite la mise en contact entre talent et entreprise, qui conserve le processus final de recrutement. Nous affichons des taux d’ouverture de proposition allant de 30 à 60 %. Ce filtrage permet de présenter des candidatures qualifiées rapidement.

Aux Etats-Unis, nous avons actuellement 150 000 talents inscrits dans notre base, souvent des profils des métiers du digital en lien avec des postes de développement de produits (développeur Web, Chef de produit, datascientist…), de marketing et de vente dans les secteurs des services et de l’industrie.

Quels profils d’entreprises clientes disposez-vous chez Wanted ?

Ce sont d’abord des startups mais aussi des entreprises beaucoup plus grosses, notamment parmi les GAFAM. Nous piochons d’abord dans le vivier de startups qui ne peuvent pas se permettre de faire appel à un cabinet de chasseurs de tête.

Nous avons une centaine de clients aux Etats-Unis et des premiers clients en France.

Quel est le modèle économique de la marketplace ?

  • Les candidats s’inscrivent gratuitement sur Wanted.
  • De l’autre côté, les entreprises paient par le biais d’un système d’attribution de crédits pour le lancement de campagnes de recrutements ou d’opérations réitérées.
    La première offre de souscription pour les startups est accessible à partir de 99 dollars par mois. Nous avons aussi monté un modèle en accès illimité pour les entreprises : 10 000 dollars pour recruter jusqu’à 10 personnes avec un poste pourvu qui est garanti. Il faut comparer ces tarifs avec la prestation d’un chasseur de tête traditionnel qui coûte entre 15 000 et 20 000 euros par recrutement.
    Même si la culture RH est différente par rapport aux Etats-Unis, nous pensons que le modèle est totalement transposable en France.
  • Quant aux talent success managers, nous avons établi un barème de commissionnement en fonction du nombre de talents qu’ils attirent sur la plateforme chaque mois. Parallèlement, nous expérimentons un modèle basé sur les résultats (mises en relation, recrutement finalisé…).
    Ces talents success managers n’ont pas de profils particuliers. Nous disposons d’un playbook pour les former à cette pratique. Nous orientons leurs recherches en fonction du travail d’identification d’entreprises cibles effectué par nos soins en amont. Nous n’avons pas besoin de spécialistes en RH. La position de chasseurs de têtes, c’est l’équipe de Wanted qui l’occupe. Les talent success managers ont plutôt des profils de vendeurs.

Comment effectuez-vous le sourcing Chez Wanted ?

Nous avons développé notre propre algorithme pour détecter les profils susceptibles d’être à l’écoute. Il prend en compte des critères comme :

  • des changements de management en entreprise ;
  • l’expiration de périodes de déblocage de stock options ;
  • les mauvaises performances de l’entreprise ;
  • des avis négatifs sur l’entreprise rendus sur des sites professionnels.

Autant d’indicateurs qui nous permettent d’identifier les entreprises à fort potentiel de turn-over. Cette analyse nous permet aussi d’orienter les recherches des talent success managers de Wanted. 

Est-ce un critère suffisant pour rapprocher un candidat d’une entreprise qui recrute ?

Sur Wanted, on expose d’abord ses prétentions salariales pour son futur job. Les prétentions salariales servent de curseur et de filtrer les opportunités rapidement.

La discussion entre candidat et entreprise ne se focalise pas sur le niveau de salaire puisque le sujet est d’emblée évacué. Ce qui permet d’engager la conversation sur des aspects plus larges de la mission (périmètre, responsabilité, équipe…).

Du côté des entreprises, d’autres critères sont pris en compte comme les compétences techniques, l’expérience professionnelle ou la géolocalisation.

Avec cette transparence de l’offre par les salaires, nous nous battons aussi contre les discriminations au recrutement (sans distinction d’origine, religion ou d’orientation sexuelle). Nous nous assurons que toutes les personnes qui correspondent aux critères objectifs de connaissances et d’expériences recherchés par les entreprises vont recevoir la proposition de poste et le niveau de salaire associé.

Du dating au débauchage RH, il n’y a qu’un pas.

Wanted a été lancée depuis New York par l’équipe française à l’origine de Once, l’application de rencontres vendue en janvier 2020 au Dating Group basé à Malte pour un montant de 18 millions de dollars. Dès 2019, Jean Meyer s’est désengagé de manière opérationnelle de Once pour se concentrer sur la création de Wanted. Il est rejoint par Eva Peris, qui avait occupé le poste de Chief Marketing Officer de Once, et Guillaume Breux, ex-lead developer de Once.
En janvier 2020, la startup a levé 2 millions de dollars auprès de :
• Partech ;
• Hoxton Ventures ;
• Kima Ventures (fonds de Xavier Niel, dirigeant d’Iliad-Free) ;
• des business angels comme Nicolas Dessaigne (ex-CEO de Algolia), Dominique Vidal (Partner Index Ventures) et un des dirigeants de LinkedIn.

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