Paie

Gestion de la paie : 5 raisons qui ont poussé Silver Lake à parier sur Silae

Par Philippe Guerrier | le | Externalisation de la paie

Christian Lucas, P-DG de Silver Lake pour la zone EMEA, explique pourquoi le fonds d’investissement anglo-saxon a récemment intégré Silae dans son portefeuille d’actifs.

Christian Lucas (Silver Lake EMEA) évoque les points stratégiques du rachat de Silae - © D.R.
Christian Lucas (Silver Lake EMEA) évoque les points stratégiques du rachat de Silae - © D.R.

C’est une approche lente et furtive qui a permis le rapprochement de Silae avec SilverLake mis en lumière le 8 juillet. Ce jour-là, la société française d’édition de logiciels de paie dans le cloud annonce qu’elle bascule dans le portefeuille du fonds d’investissement anglo-saxon d’influence mondiale.

Le niveau de la transaction n’est pas fourni par les parties prenantes mais le quotidien économique et financier Les Echos a évoqué un montant de 600 millions d’euros. C’est impressionnant pour le paysage de la RH Tech. En 2016, Silver Lake s’était déjà emparé de Cegid, un autre éditeur de solution RH plus connu sur le marché, pour un montant de 580 millions d’euros.

RH Matin propose 5 focus qui explique ce deal marquant concernant Silae, alimentés par des éclairages de Christian Lucas, P-DG de Silver Lake en charge de la zone Europe - Moyen Orient - Afrique (EMEA).

Le positionnement affiné de Silae

Créée en 2010 et basée en Aix-en-Provence avec une extension à Lyon, Silae a séduit Silver Lake avec son profil de PME technologique qui exploite un savoir-faire reconnu sur la gestion de la paie.

« Silae dispose d’un moteur de paie très automatisé et paramétré pour produire des fiches de paie correctes alors qu’elles sont difficiles à réaliser au regard de la législation sociale française compliquée, de nombreuses conventions collectives et des accords spécifiques d’entreprises », évoque Christian Lucas.

L’éditeur a également attiré l’attention du fonds d’investissement en pariant tôt sur l’essor du cloud (mode SaaS). Sur son site Internet, il précise mettre à disposition de ses clients « deux sites d’hébergement avec mécanismes de sauvegarde perfectionnés font de Silæ une solution stable et durable (sauvegarde automatique des données 4 fois par jour) ».

De manière étonnante, Silae n’a jamais fait appel à des investisseurs extérieurs depuis sa création. L’équipe fondatrice a uniquement recouru à l’auto-financement pour le développement des activités.

Les résultats financiers globaux ne sont pas communiqués. Fort d’un effectif de 150 personnes, l’éditeur se contente de sélectionner quelques indicateurs-clés : une « forte croissance depuis 2018, avec une multiplication par deux de son chiffre d’affaires et par trois de son Excédent Brut d’Exploitation (EBE) »

Une équipe de cofondateurs aux profils complémentaires

« Je suis entré en contact avec Silae il y a deux ans. Les discussions ont été plus ou moins intenses. Il y a cinq fondateurs :

  • Jean-Paul Bagou ;
  • Michel Delolme ;
  • Didier Fléchet ;
  • Philippe Marty ;
  • Daniel Mayet.

, ce qui a nécessité un dialogue soutenu. Les discussions se sont précipitées à partir de mai 2020 pour aboutir à un accord quelques semaines plus tard », évoque Christian Lucas.

« Les cinq fondateurs ont des profils très complémentaires et demeurent engagés dans l’activité », déclare notre interlocuteur de Silver Lake.

« Ils ont adopté une gouvernance à travers laquelle il n’y a pas vraiment de dirigeant qui prime sur les autres. Ils travaillent ensemble depuis des décennies et se comprennent parfois à demi-mots. Certains d’entre eux ont des rôles plus influents à la création, et sont des âmes motrices du projet Silae. »

Un modèle commercial qui a fait ses preuves

« Silae est un projet de développement. La société a le vent vent en poupe. Il faut simplement l’accompagner et l’aider à grandir », précise Christian Lucas.

Avec ces solutions de gestion de paie disponible dans le cloud, Silae privilégie un modèle de distribution 100 % indirecte en s’appuyant sur les réseaux d’experts-comptables qui sont les partenaires de sa cible d’entreprise finale (les TPE et les petites PME) et des revendeurs spécialisés de solutions technologiques (VAR).

Elle délègue la prospection commerciale à ces partenaires, moyennant commissionnement, et se concentre sur la formation des nouveaux clients et du support technique.

L’éditeur software revendique 550 000 entreprises clientes en France. Ses logiciels, en particulier son produit majeur Silaexpert, permet de traiter par mois les bulletins de paie de plus de 3 millions d’employés.

Des perspectives alléchantes

Dans les projets d’expansion autour de Silae, plusieurs pistes sont étudiées, notamment :

  • élargir la cible des entreprises avec des tailles d’effectifs plus importantes (pourquoi pas passer des entreprises de 50 salariés à celles avec plus de 100 salariés), en s’appuyant toujours sur la capacité de ses partenaires commerciaux pour la prospection et la distribution ;
  • poursuivre l’innovation dans son cœur de métier de gestion de la paie et des RH, tels que son portail pour employés (PaiePilote) ;
  • viser l’internationalisation de la solution Silae, facilitée par le socle technologique cloud.

« Silae est vraiment une super boîte et nous voulons lui donner les moyens de se développer en talents, en ressources humaines et en capital si nécessaire », déclare Christian Lucas.

Un développement en mode solo

« Il n’y a aucun projet d‘accord, de rapprochement ou de fusion entre Silae et Cegid [ndlr : le deuxième actif de Silver Lake dans la Tech HR en France] », assure Christian Lucas.

« L’historique, les métiers et les positionnements sont différents. Ce sont des projets séparés et il n’y a pas de velléités d’effectuer des rapprochements avec d’autres sociétés de notre portefeuille », poursuit-il. 

Néanmoins, il n’est pas exclu de recourir à des passerelles technologiques avec d’autres éditeurs (API) ou de procéder à des opérations ciblées de croissance externe pour enrichir la plateforme cloud de gestion des paies de Silae.

A la recherche des segments sous-servis dans les RH

Présent dans la Silicon Valley en Californie, à New York, à Londres et Hong Kong (40 milliards de dollars d’actifs en gestion), Silver Lake assure ne pas lorgner le marché français sous l’angle des logiciels RH.
« Nous n’avons pas ciblé spécifiquement les éditeurs de logiciels RH. Mais nous savons qu’il existe des segments sous-servis dans ce secteur et nous regardons les opportunités intéressantes », déclare Christian Lucas.
Depuis deux ans, le fonds d’investissement dispose également d’une participation dans Cornerstone OnDemand, un fournisseur de solutions cloud de gestion des talents coté sur le Nasdaq.

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