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Syntec Numérique et TECH IN France prônent une relance « éco-numérique »

Par Philippe Guerrier | le | Gestion des talents

Les deux organisations professionnelles du numérique soumettent au gouvernement une liste de 75 recommandations pour sortir de la crise avec notamment des mesures RH concrètes.

Syntec Numérique et TECH IN France : les leviers de la relance
Syntec Numérique et TECH IN France : les leviers de la relance

Après la stupeur de la crise Covid-19 et la mobilisation pour les premières urgences à régler auprès de leurs entreprises clientes, les fournisseurs de services numériques au sens large commencent à lever la tête et donnent quelques éléments de perspectives.
Les organisations professionnelles Syntec Numérique et TECH IN France viennent de fournir un bilan plus détaillé de la secousse sectorielle subie et soumettent 75 propositions au gouvernement « pour la relance ».

Une période troublée pour le secteur numérique

Dans un récent entretien Exclusive RH qui a servi de première prise de pouls, Thierry Siouffi, président du Collège des Entreprises de services numériques (ESN) du Syntec Numérique, a abordé l’impact de la crise subie par des acteurs comme Atos, Capgemini ou Sopra Steria et autres SSII de toutes tailles.
Avec ce nouveau rapport co-édité par Syntec Numérique et TECH IN France, la vision numérique est plus large.

Comme dans d’autres secteurs, la crise Covid-19 a bousculé l’organisation professionnelle :

  • déploiement de plans de continuité d’activité (PCA) ;
  • adoption massive du télétravail;
  • activation du dispositif de chômage partiel.

« Le recours à ces mesures d’organisation du travail varie selon le type et la taille de l’entreprise, ainsi que selon l’activité concernée », précisent les deux organisations.

Les estimations de chiffres d’affaires prévisionnels esquissés à travers deux baromètres (le premier publié au 31 mars 2020 et le second au 2 avril) montrent un « indéniable recul de l’activité des entreprises du secteur numérique » et les prévisions pour l’activité au deuxième semestre 2020 ne sont guère reluisantes (voir tableau).

En moyenne, les entreprises concernées prévoient une baisse de 25,1 % du chiffre d’affaires :

  • 22,9 % pour les entreprises de services numériques ;
  • 29,7 % pour les entreprises de conseil en technologies ;
  • 16,6 % pour les éditeurs de logiciels.80 % des dirigeants du secteur craignent des difficultés d’entreprise d’ici la fin de l’année. Parallèlement, ils « envisagent majoritairement une reprise de leurs activités à partir du dernier trimestre 2020, qui pourrait s’étaler jusqu’au 2e trimestre 2021 ».

Dans le secteur du numérique, les dispositifs de chômage partiel ont concerné 1 salarié sur 4 (23,8 %, soit plus de 120 000 personnes) au 24 avril 2020 (contre 13,5 % au 7 avril). « Ce taux devrait être stable dans les prochains mois », prévient le rapport Syntec Numérique et TECH IN France. Il souligne des différences nettes de son recours en fonction des métiers : 79 % des ESN ont activé des options d’activité partielle, 93 % pour les sociétés de conseil en technologie mais seulement 40 % pour les éditeurs de logiciels. Les deux organisations notent aussi que cette période troublée a permis de pousser la formation des salariés.

Avec l’émergence de la crise sanitaire transformé en récession économique, les entreprises sectorielles ont observé de nombreux points noirs :

  • ralentissement immédiat d’activité, même si la R&D et l’exploitation des services cloud (mode SaaS) semblent moins affectées ;
  • baisse des enregistrements de commandes ;
  • allongement perçu des délais de paiement ;
  • pressions de la part de leurs clients pour interrompre les abonnements contractuels et les prestations (contrats SaaS, forfaits, assistance technique, etc.) ;

Les grandes orientations des 75 propositions

Dans le cadre d’une sollicitation de la Direction générale des Entreprises (DGE, rattachée au ministère de l'Économie et des Finances), Syntec Numérique et TECH IN France ont publié un rapport intégrant 75 propositions « pour la relance ».

« Nous sommes convaincus que le monde d’après sera encore plus numérique. Pour lever tous les doutes et sortir gagnants de la crise, nous nous devons d’être exemplaires sur le plan éthique et plus éco-socio-responsables », évoquent les deux organisations.

« Un plan de relance à court terme est donc une condition nécessaire mais pas suffisante. Nous pensons qu’il faut aussi investir massivement dans le numérique à moyen terme car il s’agit d’un impératif d’offre. Il faudra aussi accroître nos investissements dans l’innovation et favoriser une plus grande coopération entre le monde académique et celui de l’entreprise par exemple, et surtout intensifier la transformation digitale des entreprises, des administrations et plus globalement de la société. »

Le rapport avance des pistes pour :

  • réinventer les pratiques professionnelles grâce au numérique ;
  • considérer le numérique comme « atout indispensable » pour la reprise économique ;
  • Soutenir le financement et la trésorerie des entreprises numériques et innovantes à travers des mesures fiscales ;

Pour « la relance », Syntec Numérique et TECH IN France souhaitent donner une nouvelle impulsion sous plusieurs angles :

  • accélérer la transformation numérique de l’administration et de l’État ;
  • adopter des dispositifs visant à favoriser la transition digitale des PME ;
  • encourager le renforcement de la cybersécurité des entreprises ;
  • accélérer l’innovation et l’adoption par les entreprises des nouvelles technologies ;
  • exploiter le levier numérique comme « élément de relance et de transformation de l’économie et de la société entière », que ce soit par exemple dans le secteur de l’éducation, de la santé ou encore de la distribution ;
  • favoriser les démarches éthiques et l’inclusion.

Ressources humaines : des mesures concrètes et opérationnelles

Le rapport Syntec Numérique et TECH IN France met en exergue diverses mesures afin d’accompagner le coût social de la crise dans le sens :

  • d’un assouplissement et d’une individualisation de la démarche de recours au chômage partiel ;
  • de l’autorisation à recourir directement au travail par relais ou par roulement, qui nécessite un accord de branche et/ou des négociations syndicales par entreprises ;
  • de la mise en place d’exonération en charges patronales et sociales de tout nouvel emploi en CDI pendant six mois pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail ;
  • de l’évolution des règles URSSAF en matière de petits déplacements afin de mieux couvrir les missions des consultants chez leurs clients et autoriser le remboursement des frais professionnels des salariés au-delà de trois mois ;
  • de l’allégement de la gestion des congés payés par l’employeur en complétant les dispositions de l’ordonnance du 25 mars 2020. Les deux organisations souhaitent ainsi que les dirigeants des entreprises de moins de 50 salariés fixent de façon unilatérale la prise de 6 jours de congés payés jusqu’au 31 décembre 2020 ;
  • de la prévention du chômage des jeunes diplômés en facilitant le recours aux stages en entreprise.
  • de la révision des dispositions des collaborateurs en Volontariat International en Entreprise (V.I.E) ;
  • de l’encouragement à la formation en entreprise en élargissant le périmètre du FNE-Formation et en mettant en place un abondement d’Etat du CPF des salariés souhaitant se former sur des compétences « numériques ».
  • de l’annulation des sanctions financières liées au non-respect des obligations relatives à l’entretien récapitulatif du parcours professionnel. A minima, il s’agirait d’étendre le délai prévu par l’ordonnance du 1er avril 2020 en prévoyant une annulation des sanctions financières pour les entretiens qui auraient dû être réalisés en 2020. Ainsi, les entreprises concernées n’auront pas à verser l’abondement sur ces entretiens ;
  •  de la création d’un dispositif tel que la période de professionnalisation ou une ouverture plus large du dispositif ProA jugé jugé « complexe à mettre en oeuvre dans le secteur » ;
  • de la mise en oeuvre d’un plan de relance de l’alternance (contrats de professionnalisation et contrats d’apprentissage) ;
  • du soutien au déploiement à un niveau national de Numéric’Emploi. Ce dispositif destiné aux entreprises du secteur numérique, mis en oeuvre par Syntec Numérique dans la région Grand Est avec la collaboration du Conseil régional et de Pôle emploi, a vocation à favoriser l’insertion de stagiaires vers des formations dans les métiers du numérique ;
  • de la création d’un dispositif de reconversion baptisé Numéric’Actifs ou comment ouvrir des opportunités d’évolution professionnelle - par des formations aux compétences numériques - aux salariés dont les postes sont en risque, et ce sur l’ensemble des territoires. Un système qui serait inspiré de Numéric’Emploi ;
  • de la sensibilisation accrue aux enjeux de la mixité dans les métiers du numérique. Rappelons que les femmes ne représentent que 24 % des professionnels dans les métiers scientifiques et environ 27 % dans les métiers du numérique. 

Syntec Numérique poussent des propositions en mode multilatéral

Parallèlement à la parution de ce rapport pour la relance de l’économie avec TECH IN France, Syntec Numérique a contribué à deux autres initiatives de mobilisation face à la crise.

• Avec le soutien du Cigref (qui réunit les grandes entreprises et administrations publiques autour des problématiques numériques), de Syntec Conseil et TECH IN France, il préconise « aux pouvoirs publics, aux organisations syndicales et patronales représentatives, et aux forces vives de la société française de se saisir de la proposition de Pacte pour le numérique pour le mettre en oeuvre au service d’une triple ambition : sortir de la crise, relancer l’économie et agir pour le futur ». A lire en suivant ce lien : https://www.cigref.fr/pacte-pour-le-numerique-7-propositions-cigref-syntec-numerique-syntec-conseil-tech-in-france

• en mars, il a publié avec le Cigref  une proposition de « six principes de solidarité et de compréhension mutuelle pour l’écosystème numérique » (impacter des paiements, contrats entre clients et fournisseurs, entraide professionnelle…). A lire en suivant ce lien : https://www.cigref.fr/covid-19-six-principes-relations-contractuelles-temps-de-crise-appel-cigref-syntec-numerique

 

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