Impact IA & RH sur le marché numérique : « Toujours investir dans les compétences » (Numeum)
Après une « croissance modérée » en 2025 et une « dynamique plus favorable » escomptée en 2026, les acteurs du numérique en France scrutent tous les indicateurs en prenant en compte les éventuels impacts RH en lien avec l’essor de l’IA.
L’activité du marché numérique en France affiche une certaine résilience dans un environnement politique et économique perturbé. Mais, à travers les statistiques et les indicateurs de santé du secteur, des inquiétudes liées à la gestion RH en lien avec l’essor de l’IA et des compétences associées surgissent.
Le 18 décembre 2025, Numeum, organisation professionnelle du numérique qui revendique 2500 membres dans trois segments (éditeurs logiciels et plateformes, ICT regroupant les cabinets conseil de produits physiques technologiques, ESN), a dressé son traditionnel exercice sectoriel de bilan/perspectives.
Après une croissance « modérée » de 2 % du marché du numérique en France en 2025 à 71,2 milliards d’euros, elle escompte une croissance à 4,3 % pour 2026 à 74,3 milliards d’euros.
« L’année 2025 a été complexe, marquée par beaucoup d’instabilité globale. Tout cela génère des perturbations et de l’inquiétude sur le plan économique. Et ce, pas uniquement dans la filière du numérique. On entend une petite musique qui monte et qui nous inquiète sur le thème : “Avec l’essor de l’IA, nous aurions moins besoin de compétence en France”. Ce n’est pas du tout la position de Numeum. Il faut continuer à investir dans l’acquisition des compétences numériques, surtout par les jeunes et par les femmes », déclare Véronique Torner, Présidente de Numeum.
La transformation profonde et fulgurante en lien avec l’IA
Course technologique mondiale
« Je voulais mettre en exergue 3 prises de conscience qui me paraissent structurantes pour notre filière et au-delà :
- L’économie européenne est à la traîne et trop fragmentée. Le rapport Draghi de 2024 avait matérialisé ce constat. Derrière la prise de conscience, le fait d’exécuter une remise en route est assez complexe. Nos entreprises font aussi l’objet de trop de réglementations, ce qui asphyxie notre capacité à agir vite. La Commission européenne a engagé une trajectoire de simplification. Il n’y a pas assez d’investissement en Europe au regard de la course technologique dans le monde.
- Nous sommes bousculés dans nos transformations et l’arrivée de l’IA agentique provoque une accélération.
- Un certain nombre de fragilités en termes de dépendance technologique au niveau de l’Europe avec la suprématie de certains acteurs économiques. Ce déséquilibre devient une menace dans ce contexte de tensions géopolitiques », selon Véronique Torner, Présidente de Numeum.
Des changements dans l’intégration des recrues
« En France, il faut continuer à investir dans l’acquisition des compétences numériques, surtout par les jeunes et par les femmes.
- À propos de la jeunesse, l’IA avec l’automatisation des tâches a bousculé les modèles. Les entreprises sont perturbées en matière d’onboarding des jeunes. Au sein de Numeum, une réflexion sera menée début 2026 sur la manière de mieux accompagner nos entreprises sur ce sujet. Elles doivent se transformer pour mieux les accueillir. En 2026, nous fêterons les 20 ans de l’association Les Talents du numérique que nous avions créée.
- Certes, nous vivons une période de forte transformation et l’intégration des recrues va changer. Nous nous préparons à ces changements. Il ne faut pas laisser s’installer l’idée que, dans notre pays, nous avons besoin de moins de talents dans notre secteur », évoque-t-elle.
Emploi dans l’IT : « 2025 devrait ressembler peu ou prou à 2024 »
• « 666 268 emplois sont recensés dans le numérique en France. Il reste un secteur créateur d’emplois de manière dynamique dans la durée. Nous pourrons fournir la statistique publique de la création nette d’emplois sur 2025 disponible en juin 2026 [N.D.L.R. : via l’Insee].
• Néanmoins, en interrogeant les répondants, il ressort que les plans de recrutement sur 2025 étaient stables par rapport à ceux de 2024. Les indicateurs autour du turnover des équipes restent relativement sous contrôle, après plusieurs années de changements et de mouvements entre entreprises.
• 2025 devrait ressembler peu ou prou à 2024 au cours de laquelle nous avions recensé 7500 pertes d’emplois. Nous ne pouvons pas parler de baisse drastique de l’emploi car nous attendons davantage d’investissements et de projets IT de la part des entreprises », indique Benoît Darde, vice-président de la commission des Affaires Publiques de Numeum, lors du point presse.
Focus ESN : impact de l’IA en matière de recrutements
Sur un marché en baisse de 1,8 % à 34,3 milliards d’euros en 2025 (mais en hausse évaluée en 2026 à 1,4 %), Charles Mauclair, Président du Collège ESN & ICT de Numeum, estime que, sous le prisme des ESN par taille des équipes,
- « les grands groupes et les PME sont les plus touchés par la crise »,
- « les acteurs de 250 à 5000 salariés ressentent le plus la reprise ».
Impact RH
- 59 % des ESN privilégient la formation plutôt que le recrutement,
- 40 % recrutent moins de profils jeunes, dont les alternants, mais aussi des personnes en situation de reconversion.
Au-delà de la conjoncture, le moindre recours au recrutement est à rapprocher de la montée en puissance des usages IA au sein des ESN :
- 79 % des ESN utilisent l’IA,
- 44 % ont des solutions en place,
- 35 % ont des actions en cours.
Avec les pressions sur les prix et la massification de la demande des services IT, Numeum observe une montée en puissance du nearshore (stratégie d’externalisation des opérations via des prestataires situés dans des pays proches ou voisins comme les pays du Maghreb) et de l’offshore (définition similaire mais en faisant référence à des pays plus lointains comme l’Inde), représentant 18 % du CA des ESN vs 15,5 % en 2024.
Éditeurs de logiciels et plateformes : vers une pénurie RH plus préoccupante en 2026 ?
Sur un marché en hausse de 8,2 % (29,1 milliards d’euros en 2025, + 8,4 % attendus en 2026), les éditeurs de logiciels ont le vent en poupe.
Les applications en mode SaaS représentent environ un tiers du marché (10 milliards d’euros en 2025). Parmi les facteurs de croissance, Numeum cite :
- migration accélérée vers le SaaS,
- obligations réglementaires (NIS2, IA Act, RGAA),
- besoins d’efficacité opérationnelle via l’IA et l’automatisation.
Parmi les freins à la croissance, la pénurie de RH est passée à la quatrième place en 2025 alors qu’historiquement, elle figurait dans le Top 3. En 2026, elle devrait repasser en Top 2 en 2026, indique Jean-Philippe Couturier, Président du collège Éditeurs et Plateformes de Numeum.
Méthode
• Enquête auprès des DSI d’organisations
• Enquête auprès des adhérents de Numeum (réponses octobre 2025, 300 répondants, dont 158 ESN, 130 éditeurs, 12 ICT) entre octobre et novembre 2025
• Travail d’analyses sur une modélisation des données du cabinet d’études PAC