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Cornerstone acquiert Clustree : « Face à l’obsolescence des compétences, l’IA devient essentielle »

Par Aurélie Tachot | le | Gestion des talents

Un an et demi après avoir racheté Workpop et Grovo, Cornerstone OnDemand achète Clustree pour 18,5 millions de dollars. L’éditeur américain veut monter en puissance en matière d’intelligence artificielle (IA) appliquée à la gestion des talents alors que la transformation digitale a accéléré l’obsolescence des compétences. Vincent Belliveau, Chief Executive EMEA de Cornerstone, s’explique dans une interview.

Cornerstone acquiert Clustree : « Face à l’obsolescence des compétences, l’IA devient essentielle »
Cornerstone acquiert Clustree : « Face à l’obsolescence des compétences, l’IA devient essentielle »

Pourquoi avez-vous racheté Clustree ?

Lorsque nous accompagnons nos clients sur leurs processus de recrutement, de gestion de la formation et de gestion des talents, nous constatons qu’il y a de plus en plus de cas d’usages où l’intelligence artificielle devient essentielle. Il existe beaucoup d’outils dédiés à la gestion des compétences mais ils abordent tous ce processus de manière traditionnelle : c’est au professionnel RH de faire la cartographie  de compétences et au salarié de déclarer les compétences qu’il pense maîtriser.
Face à l’obsolescence des compétences, il nous semble intéressant d’encourager les entreprises à mieux identifier leurs compétences en interne. La solution de Clustree, que nous avons rachetée 18,5 millions de dollars, va nous permettre de porter à un autre niveau notre stratégie en matière d’intelligence artificielle et de machine learning appliquée à la gestion des compétences.

Avez-vous essayé de développer un outil dédié en interne ?

Notre équipe dédiée au Big Data travaillait depuis plusieurs années sur le développement d’une solution dédiée. Toutefois, elle s’est aperçue que créer une ontologie de compétences suffisamment riche et précise et mesurer les distances avec d’autres compétences et d’autres métiers était extrêmement complexe. Nous avons donc regardé sur le marché s’il existait des sociétés qui étaient plus en avance que nous sur ce sujet : à nos yeux, Clustree présentait la technologie la plus puissante, avec une belle profondeur dans les datas et une vraie qualité de la donnée. Pour se construire, son algorithme a analysé plus d’un milliard de compétences professionnelles internationales et hiérarchisé 43 000 compétences au sein d’une bibliothèque. Cette approche permet aujourd’hui de décrire le profil de tous les collaborateurs, quels que soient les secteurs d’activité dans lequel ils évoluent.

Quelles synergies allez-vous mettre en place avec Clustree ?

En intégrant l’outil de Clustree à notre portefeuille de solutions, nous allons aider les entreprises à avoir une vision précise des compétences acquises de leurs collaborateurs, mais aussi celles nécessaires à leur évolution. Notre plateforme dédiée à la gestion des talents est utilisée par 3640 clients et plus de 40 millions d’utilisateurs, répartis dans 187 pays. Grâce à cette acquisition, l’équipe de Clustree va travailler sur de nouveaux cas d’usages, chercher des nouvelles corrélations qui seront utiles dans les processus RH des entreprises.
Cette acquisition nous permet enfin d’ouvrir le premier centre de développement dédié aux compétences en France, qui réunira des ingénieurs, des data scientists, des project managers… Nous avons également choisi la France pour installer ce nouveau centre car c’est notre deuxième marché mondial après les Etats-Unis.

Allez-vous réaliser d’autres acquisitions dans la HR Tech ?

L’écosystème européen de start-up présente de belles opportunités. Nous ne nous interdisons donc pas de réaliser de nouvelles acquisitions, à condition qu’elles servent notre vision et notre plan de croissance. Il y a de belles pépites dans la French Tech : elles nous rapportent qu’il est souvent difficile de trouver de
« belles sorties ». Nous espérons que notre acquisition de Clustree, dont la valeur d’achat est plus élevée que le montant de ses précédentes levées de fonds [NDLR : 8,1 millions d’euros cumulés], inspirera les investisseurs de ces start-up. Sur certains sujets RH comme la gestion des talents, nous constatons que l’Europe est en avance sur ses homologues américains : le niveau de sophistication des projets des entreprises y est souvent impressionnant. C’est d’ailleurs en Europe que nous dénombrons le plus de « bêta-testeurs » qui alimentent notre feuille de route.

Quels sont vos axes de croissance pour 2020 ?

Au-delà de poursuivre nos développements sur notre outil dédié à la formation (plébiscité par 90 % de nos clients) et celui dédié à la performance (60 % de nos clients), nous avons identifié plusieurs axes de croissance. Le premier, est d’accélérer sur le volet du recrutement, qui est un segment en fort développement chez Cornerstone. Nous constatons que les acteurs historiques tels que Taleo et Lumesse se font rachetés, absorbés, perdent parfois leur ADN et nous pensons qu’un boulevard s’ouvre sur le marché des plateformes de recrutement pour un acteur comme Cornerstone. Le second axe porte sur la gestion du capital humain (Human Capital Management ou HCM). Nous gérons en système « maître » ou « esclave » les données des collaborateurs : en trois ans, notre parc de clients qui utilisent notre socle RH est passé de 5 à 15 %. Nous souhaitons poursuivre cette croissance dans les prochaines années.

Comment allez-vous faire évoluer votre plateforme de contenus de formation « Content Anytime » ?

Nous avons récemment dupliqué l’approche de Netflix et Spotify à notre plateforme. Comme eux, nous rapprochons les éditeurs de contenus et les utilisateurs. Concrètement, nous proposons aux entreprises de s’abonner à des contenus en e-learning depuis notre outil LMS et nous rémunérons directement les éditeurs. Il est difficile pour un responsable formation travaillant en entreprise de tenir un catalogue de contenus à jour. Notre plateforme, qui représente plus de la moitié de notre croissance, résout ce problème puisqu’elle se charge d’envoyer des contenus pré-sélectionnés, couvrant les compétences les plus recherchées. Pour y parvenir, nous analysons la manière dont nos clients consomment leurs contenus et nous créons une arborescence de sujets de formation. Celle-ci nous sert ensuite à nous orienter vers les bons éditeurs de contenus pour signer des partenariats, dont Cegos et Haliphax.

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