Paie

Acompte sur salaire : Rosaly décroche 10 millions d’euros auprès de fonds américains

Par Philippe Guerrier | le | Externalisation de la paie

Avec l’appui de Fin Capital, un fonds américain spécialisé FinTech, Rosaly veut ouvrir plusieurs pays en Europe d’ici fin 2024, dérouler sa roadmap produit et étoffer son équipe. Les précisions avec Arbia Smiti, Présidente et fondatrice de Rosaly.

Arbia Smiti, Présidente de Rosaly, parie sur un bouquet étendu de services d'éducation financière. - © D.R.
Arbia Smiti, Présidente de Rosaly, parie sur un bouquet étendu de services d'éducation financière. - © D.R.

« Nous devons toujours évangéliser le marché et éduquer les DRH sur les bienfaits des salaires à la demande », évoque Arbia Smiti, CEO et fondatrice de Rosaly.

Pour poursuivre ses efforts dans ce sens, Rosaly lève 10 millions d’euros auprès d’un pool de fonds d’investissements mené par Fin Capital.

En avril 2021, la start-up a décroché son premier financement d'1,5 million d’euros. Soit quelques mois après la création de la société éditrice Leonsia.

Pour ce tour de table bouclé fin août 2022, le pool de sociétés de capital-risque comporte :

  • The Treasury VC (Etats-Unis),
  • Haymaker (Etats-Unis),
  • FJ Labs (Etats-Unis),
  • LeFonds VC (France, Etats-Unis),
  • Clocktower (Etats-Unis),
  • Kraken Ventures (Royaume-Uni),
  • Auxxo (Allemagne).

« Nous sommes heureux de mener ce nouveau tour de table de Rosaly, pour aider à fournir à la main-d’oeuvre européenne un accès numérique aux salaires, à l'éducation financière et au bien-être », évoque Logan Allin, Managing Partner de Fin Capital (chef de file de cette levée de fonds de 10 M€), qui rejoint le conseil d’administration de Rosaly.

« Nous avons investi dans DailyPay, le premier acteur dans cette catégorie aux États-Unis, et nous sommes convaincus que Rosaly deviendra le leader en Europe. » 

Recherche de fonds : « un timing compliqué » (Arbia Smiti)

• « La période est devenue difficile pour le financement des start-ups. Nous avons été malchanceux avec le timing. Nous avons fait un large tour de VC qui sont plus sélectifs dans les dossiers. Nous sommes solides de notre côté entre l’appréhension du marché, les KPI, les technologies et l’avancée de notre feuille de route produit. »

• « Notre pool d’investisseurs, dont beaucoup proviennent des Etats-Unis, disposent d’une vraie expertise dans la Fintech. Pour un certain nombre d’entre eux dont le chef de file Fin Capital, c’est leur premier investissement dans une start-up française. C’est une preuve de l’attractivité de la France en matière de Fintech, à côté du Royaume-Uni. Pourtant, je leur ai clairement indiqué que Rosaly ne visait pas le marché des Etats-Unis. Ils sont confiants dans notre capacité à monter en puissance en Europe. »

• « Pendant notre recherche de financement, les fonds français se sont révélés frileux avec le changement de contexte économique plus difficile mais aussi en raison d’une mauvaise compréhension de notre marché. »

Les trois principaux objectifs de Rosaly

« Avec notre solution digitalisée d’acompte sur salaire, nous aidons les entreprises en Europe à améliorer le bien-être financier des salariés », résume Arbia Smiti. 

3 objectifs serviront de boussole :

  • s’ouvrir à l’Europe (Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne) en accompagnant d’abord les clients grands groupes depuis la France puis en ouvrant des filiales.
  • dérouler la feuille de route ‘produit’ qui est « ambitieuse ».
  • accélérer le recrutement de profils technologiques, commerciaux, développement produit et marketing. L’équipe devrait passer de 25 à 35 personnes d’ici début 2023.

Rosaly dispose de 150 entreprises clientes et de 10 000 utilisateurs par mois de son application.

Expansion géographique : priorité à l’accompagnement des clients

« En fonction du ‘go to market’ avec un nombre suffisant de clients et la nécessité de faire du support sur place, nous installerons des filiales locales pour la prospection entre 2023 et 2024 », déclare Arbia Smiti.

Rosaly dispose de clients avec des activités internationales comme :

  • Groupe Bertrand (hôtellerie, restauration),
  • Groupe Zephyr (services à la personne),
  • une entité du groupe Carrefour, Powaka (chaîne de restauration), 
  • Bleu Libellule (matériel et produits de coiffure et d’esthétique).

Produit : cap vers l’épargne et les services bancaires

« Notre positionnement initial n’est pas la fonctionnalité d’acompte sur salaire. Nous proposons un ensemble d’avantages pour le bien-être financier du salarié, qui comprend le salaire à la demande et l’éducation financière.

Outre l’acompte sur salaire, nous avons intégré sur notre application :

  • une fonctionnalité de coaching budgétaire avec un système d’alerte avant que les utilisateurs ne tombent dans le rouge.
  • un bouclier anti-découvert à activer,
  • la prise de rendez-vous pour l’assistance sociale », évoque Arbia Smiti.

« Entre fin 2022 et début 2023, nous sortirons un produit sur l’épargne et nous émettrons une carte bancaire. »

Rosaly veut développer un maximum de produits en interne mais s’appuie sur une dizaine de partenaires Fintech pour en développer des nouveaux dans le domaine du banking-as-a-service (en particulier via la start-up Swan) ou de l’open banking.

Rosaly a signé des partenariats avec :

  • des éditeurs de logiciels de paie comme ADP (intégration et distribution de la solution via sa marketplace),
  • des éditeurs de logiciels de GTA comme Horoquartz ou Bodet Software,
  • des fournisseurs de solutions d’avantages salariés et sociaux comme Sodexo, Groupe UP, Bimpli en cours de fusion avec Swile.

DRH et acompte sur salaire : un marché qui reste à éduquer

« Nous voulons faciliter la tâche des DRH en matière d’acompte sur salaire. Le processus est entièrement digitalisé et automatisé sur les logiciels de paie », indique Arbia Smiti.

  • Côté salarié, la fiche de paie est éditée automatiquement. Une ligne « acompte sur salaire par Rosaly » est générée avec le solde final adéquat lors du traitement de la fiche de paie.
  • Côté entreprise, elle rembourse l’acompte versée par Rosaly pendant le mois à travers un virement ou par prélèvement automatique. 

« Dans un contexte de crise et d’inflation, Rosaly passe du statut de ‘nice to have’ à ‘must have’ en entreprise. Les DRH s’y intéressent mais aussi les syndicats. L’important, c’est que l’entreprise accepte d’offrir ce service aux salariés. Le temps d’adoption est long de la part des DRH et nous devons d’abord créer de la confiance », selon Arbia Smiti.

Inflation : impact « assumé » sur le modèle économique

Rosaly s’appuie sur un modèle BtoBtoC :

  • Un système d’abonnement fixe par mois et par salarié qui est supporté par l’entreprise. Peu importe les usages de l’application et les montants avancés pour générer les acomptes sur salaire.
  • Le service est gratuit pour le salarié qui est l’utilisateur final.
  • En coulisse, la start-up assure l’avancement sur trésorerie du mois en cours à l’entreprise cliente pour la gestion des acomptes sur salaire. Elle s’appuie sur des accords en direct avec les principaux réseaux de banques qui alimentent les flux financiers nécessaires pour répondre aux demandes d’acomptes émanant des entreprises clientes de Rosaly.

Arbia Smiti admet que la hausse actuelle des taux d’intérêt en lien avec l’inflation a « un impact » sur le modèle économique mais il faut prendre en compte « l’ingénierie » et « l’innovation » du modèle de Rosaly.

  • « Nous n’avançons pas l’argent directement avec notre bilan mais avec des banques en tant que partenaires financiers. C’est différent du système de crédit avec des taux d’intérêt susceptibles de monter rapidement. Nous ne subissons pas la même hausse car le flux financier est différent. »
  • « Il n’existe pas de variables que l’entreprise cliente doit supporter. Son abonnement reste fixe. C’est à Rosaly d’assumer les risques de ses coûts par modélisation financière. »

Transférer cet article à un(e) ami(e)