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Messagerie collaborative : la méga-acquisition de Slack par Salesforce

Par Philippe Guerrier | le | Workspace

Pour 27,7 milliards de dollars en cash, Salesforce rachète Slack. La plateforme CRM fait un bond vers les outils de communication et de productivité en entreprise, avec la cible des DRH en vue par ricochet.

Le deal de l’année 2020 dans le numérique : Salesforce rachète Slack - © D.R.
Le deal de l’année 2020 dans le numérique : Salesforce rachète Slack - © D.R.

(Update 18h18) Insatiable Salesforce qui absorbe Slack. Son CEO et cofondateur Marc Benioff vient encore de le démontrer avec la plateforme de communication et de collaboration d’entreprise.

Le montant de la transaction donne le tournis : 27,7 milliards de dollars. Un record dans les services numériques.

Le niveau est légèrement supérieur à celui consenti par Microsoft pour acquérir LinkedIn en 2016 (26,2 milliards de dollars). Le rachat devrait être bouclé au deuxième trimestre 2021.

« La combinaison la plus stratégique de l’histoire du logiciel »

Le fournisseur de solutions dans le cloud, qui élargit progressivement son influence dans les outils de productivité au-delà de son secteur historique de la gestion de la relation client, vise dorénavant l’environnement numérique de travail et, par ricochet, la gestion des ressources humaines en entreprise.

« Stewart Butterfield [CEO et cofondateur de Slack] et son équipe ont construit l’une des plus admirables plateformes logicielles d’entreprise avec un incroyable écosystème autour », évoque Marc Benioff.

Une alliance technologique scellée dans la Silicon Valley qui pourrait faire trembler Microsoft Teams.

C’est une belle prise pour Salesforce alors que Slack s’était introduit en Bourse en 2019. Les synergies avec la « messagerie collaborative » sont déjà prévues avec Salesforce Customer 360, la plateforme phare du groupe « cloud & software » de Marc Benioff. 

“Salesforce a démarré la révolution cloud, et deux décennies plus tard, nous explorons encore les possibilités de transformer la manière de travailler« , évoque Stewart Butterfield en considérant cette  »combinaison«  de forces comme « la plus stratégique dans l’histoire du logiciel ».

Ce rapprochement intervient dans une période de secousses économiques associées à la pandémie Covid-19 qui permet à des acteurs comme Slack ou Salesforces d’accélérer la transformation numérique des entreprises et plus globalement des organisations et d’avancer leurs pions avec leurs solutions de travail et de productivité à distance.

Les deux partenaires américains, qui se connaissaient déjà bien avant l’annonce du rachat à travers leurs écosystèmes d’applications tierces, comptent désormais fédérer leur savoir-faire en une plateforme unique pour fluidifier les échanges de flux entre employés, clients et partenaires.

Il ne fait pas de doute que Slack sera intégré en profondeur dans l’univers Salesforce Cloud. Les synergies pourraient dériver sur d’autres produits connexes comme la plateforme Work.com qui a débarqué en France dans le courant du printemps 2020 pour accompagner la période de déconfinement amorcé à l'époque.

La France, marché de conquête pour les deux éditeurs

Les deux éditeurs technologiques disposent d’équipes au niveau local pour la prospection commerciale.

« Nous prônons le ‘deep work’ chez Slack : nous ne sommes pas là uniquement pour collaborer mais aussi pour faire des transactions et intégrer des outils dans l’espace de collaboration. Il suffit que l’information soit donnée une fois pour qu’elle soit irriguée dans l’ensemble de l’entreprise », évoquait Jean-Marc Gottero, directeur général France de Slack, lors d’un déjeuner presse de janvier 2020.

« Avec la crise, nous nous sommes remis en question chez Salesforce, en continuant à faire du CRM d’une nouvelle façon avec des applications qui servent à quelque chose de façon simple et pragmatique dans ce rebond », expliquait Olivier Derrien, Directeur général de Salesforce France, en présentant en juin dernier la solution Work.com aux multiples fonctions à vocation RH :

  • évaluation du bien-être du personnel;
  • gestion des horaires ;
  • remontée déclarative d’informations sur les personnes touchées par le virus et leurs contacts ; -
  • gestion des interventions d’urgence ;
  • gestion des dons et des bénévoles.

L’essor de Slack contrarié par Microsoft Teams

Le démarrage de la saga Slack est étonnant. D’abord engagée dans le gaming sous le nom de Tiny Speck, la société, co-fondée en 2013 par un quatuor d’entrepreneurs (Stewart Butterfield, Eric Costello, Cal Henderson et Serguei Mourachov), s’est transformé en un éditeur d’outil de communication instantanée qui avait été développé pour des besoins internes. Le succès est arrivé avec la commercialisation de la plateforme de messagerie collaborative rebaptisée Slack à des comptes tiers.

En avril 2019, Fabernovel, société française de conseil en transformation digitale, avait monté un focus intéressant sur Slack, juste avant son introduction survenue le mois suivant (20 juin exactement) à la Bourse de New York. Voici les principaux indicateurs publiés à l’époque. 

Focus Slack par Fabernovel (avril 2019)
Focus Slack par Fabernovel (avril 2019) - © D.R.

Précisons que, sur fond d’annonce de rachat par Salesforce, la plus récente capitalisation boursière de Slack est évaluée à 24,22 milliards de dollars.

« Le rachat de Slack par Salesforce tombe à pic. C’est l’opportunité rêvée pour relancer la machine Slack et profiter des synergies avec les 150 000 clients de Salesforce qui sont majoritairement des grands comptes comme Microsoft. À titre de comparaison, Slack revendiquait début 2018 “seulement” 150 firmes parmi ses clients Enterprise (son offre “grands comptes”) », évoquent Guillaume Gombert, directeur de projets stratégiques, et Jérémy Taïeb, analyste financier, les deux co-auteurs de l’étude Fabernovel* dans une analyse en date du 02/12/20 pour rebondir sur l’actualité. 

Parallèlement, Microsoft a capitalisé sur son offre concurrent Microsoft Teams, après avoir tenté de racheter Slack en 2016. Aujourd’hui, l'éditeur revendique plus de 115 millions de clients actifs dans le monde.

En juillet 2020, Slack a porté plainte contre Microsoft devant la Commission européenne en l’accusant d’abus de position dominante à travers sa plateforme de messagerie Office 365, dont l’usage est vulgarisé en entreprise.

*étude dans la collection GAFAnomics : “Slack, The Future Workplace” par Fabernovel (avril 2019)

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