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Charles Pépin, philosophe : « DRH : il faut savoir accueillir l’inconnu, notamment lorsqu’on embauche »

Le | Bien-être au travail

Speaker lors de l'édition 2021 de l’Université ANDRH, le philosophe et écrivain Charles Pépin a abordé le terme de la rencontre, qui a des implications dans la fonction RH.

Charles Pépin : intervention lors de l’Université ANDRH 2021 - © D.R.
Charles Pépin : intervention lors de l’Université ANDRH 2021 - © D.R.

« Si lorsque vous recrutez quelqu’un, cette personne correspond exactement à l’ensemble des critères que vous vous êtes fixés, vous ne la rencontrez pas. Vous l’aviez en fait déjà recrutée puisqu’elle correspond exactement à ce que vous attendiez », a déclaré le philosophe et écrivain Charles Pépin, lors d’une keynote intitulée « Moment Oxygène » organisée le 8 octobre lors de l’Université ANDRH organisée à Marseille..

« On apprend en RH à anticiper, à prévoir, à rationaliser, mais il faut aussi savoir accueillir l’inconnu, notamment lorsqu’on embauche. Un bon feeling lié à la découverte d’une personnalité peut donner lieu aux meilleures collaborations, même si la personne ne semble pas au départ correspondre aux critères préétablis. » 

Voici quelques extraits saillants de son intervention repérés par notre partenaire média News Tank RH.

« Trouble, expérience de l’altérité, changement et sentiment de responsabilité » : les signes de la rencontre

Comment savoir que l’on rencontre véritablement quelqu’un ? Charles Pépin recense trois signes. 

  • « Le trouble provoqué par la surprise de la découverte de ce qu’est l’autre, et sa non-conformité avec ce que l’on attendait. Il n’y a de rencontre que dans l’imprévu, que dans la surprise, que dans le trouble. Il nous faut apprendre davantage à accueillir ce trouble, ce que l’on ne nous enseigne pas suffisamment. Nous apprenons à anticiper, à prévoir, bref à faire rentrer le sel de la vie dans un gigantesque tableur Excel. C’est le trouble et la surprise de la rencontre qui font les plus beaux recrutements comme les plus belles histoires d’amour.
  • L’expérience de l’altérité d’une autre vision du monde. Cette expérience, si vous l’acceptez, provoque une évolution partielle de votre personnalité. C’est la preuve qu’il y a eu une rencontre. Si rien ne change chez vous, je pense que vous n’avez rencontré personne, car la vraie rencontre est celle qui vous change. La vie nous offre cette chance de pouvoir changer, évoluer et découvrir certaines parties de sa personnalité qu’on ne se soupçonnait pas.
  • Le sentiment de responsabilité qu’elle provoque. Une entreprise est responsables du futur professionnel du collaborateur qu’elle embauche, c’est le signe qu’elle l’a rencontré. Le philosophe Levinas écrit même que le sentiment de responsabilité est conditionné par la rencontre. Nous sentons-nous responsable du réchauffement climatique car notre consommation de viande industrielle impacte l’environnement ? Pour certains d’entre nous, ce n’est malheureusement pas le cas, car nous ne vivons pas encore directement les effets des dérèglements du climat. »

Une méthode en trois points pour favoriser la rencontre : « Action, disponibilité, vulnérabilité »

« Comment faire pour vivre concrètement l’expérience de la rencontre ? Je propose une méthode en trois points :

  • L’action : agir vraiment, pas simplement quand on est prêts, et faire confiance à l’action dans une relative dimension d’impréparation. L’action n’est pas uniquement le fruit de la réflexion, et comporte en elle-même une part de vérité et d’improvisation. Le philosophe français Alain dit à ce propos que le secret de l’action, c’est simplement de “s’y mettre” ;
  • La disponibilité :  savoir saisir les signes et les opportunités dans une attitude d’attention ouverte, et faire confiance à son intuition ;
  • La vulnérabilité : assumer dans la rencontre une forme de complexité, d’ambivalence. Savoir à un moment tomber le masque le premier pour autoriser l’autre à tomber le masque en retour. »

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