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Philippe Yonnet, Neper : « Les DRH sont trop dépendants des SIRH pour parvenir à leurs objectifs »

Par Philippe Guerrier | le | Marque employeur

Selon le cofondateur de l’agence Neper, les responsables RH devraient davantage s’imprégner des techniques de marketing digital pour gagner en efficacité.

A travers Neper, Philippe Yonnet scrute le marketing digital appliqué à la stratégie RH. - © Philippe Dureuil © Philippe Dureuil
A travers Neper, Philippe Yonnet scrute le marketing digital appliqué à la stratégie RH. - © Philippe Dureuil © Philippe Dureuil

« Avec Neper, je repars dans une aventure professionnelle avec une structure légère pour réaliser les choses à ma façon », évoque Philippe Yonnet.

Cet expert pionnier du Net français et du SEO a occupé le poste de DSI de Studyrama, de DGA de l’agence de conseil en référencement Aposition/Isobar mais de président de l’association SEO Camp, a cofondé en 2020 l’agence Neper qui propose des prestations de conseil SEO, stratégie marketing digital et de content marketing.

Il aborde des sujets portant sur la stratégie digitale des responsables RH.

Pouvez-vous préciser le positionnement de Neper ?

Le nom Neper est un clin d’œil à ceux qui ont fait des mathématiques dans leur vie. Pour les autres, c’est une marque simple à retenir. Une manière d’aborder de manière rigoureuse le marketing digital, l’usage des données et leur signification. La confiance vis-à-vis des données et l’interprétation qu’on leur donne est importante en matière d’analytics. C’est essentiel pour développer des algorithmes fiables et de l’intelligence artificielle.

Nous accompagnons nos clients sur l’inbound marketing, l’attractivité de leurs contenus et la notoriété de la marque. C’est le cœur de notre expertise. Nous avons un spectre plus large comme le référencement, du médiaplanning digital et des prestations plus techniques sur l’accompagnement de projets.

Pour le démarrage, Neper dispose d’une équipe d’une dizaine de personnes avec trois experts « caméléons » du digital marketing et d’une douzaine de gros clients. Nous visons en priorité les grands comptes, mais nous pouvons aussi travailler pour des startups et des PME avec des investissements de quelques dizaines de milliers d’euros chaque mois pour des sites institutionnels ou marchands. 

Comment travaillez-vous sous le prisme des problématiques RH ?

La plupart des entreprises n’ont pas effectué le balisage pour être visibles à partir d’un moteur.

La plupart de nos clients nous consultent sur la marque employeur souvent liée à la partie recrutement de leurs sites Web institutionnels. C’est insuffisant. Nos interlocuteurs ne sont pas forcément conscients des avantages à tirer avec un moteur de recherche.

Généralement, ils se contentent du trafic généré sur le site Web corporate pour animer leurs espaces de recrutements ou pour analyser leurs parcours dessus. Alors que les gens effectuent naturellement des recherches sur des sites d’emplois ou directement sur Google qui exploite son propre site d’emploi. La plupart des entreprises n’ont pas effectué le balisage pour être visibles à partir du moteur. Elles devraient être directement dessus pour développer le réflexe Google et gagner en visibilité en matière de recrutement via le référencement.

Neper a effectué ce balisage pour nos propres besoins en balisage alors que notre agence est méconnue. Les gens nous ont repérés avec des mots-clés comme « poste de consultant SEO » et nous ont vus dans le job board de Google. Les personnes intéressées ont accédé directement à notre site Web pour le recrutement. Parallèlement, j’attends toujours des signes de notre offre d’emploi déposée sur des sites d’emplois classiques…

Considérez-vous que les DRH et responsables de recrutement devraient davantage s’ouvrir aux techniques de SEO ?

Complètement. Les budgets investis sur la marque employeur sont très importants - trop sans doute - à travers des achats d’annonces et des actions sur les réseaux sociaux. Avec un brin de formation, les résultats pourraient être plus impressionnants et plus efficients avec moins d’effort budgétaire. Progressivement, les DRH s’intéressent au digital avec de nouvelles solutions qui arrivent sur le marché.

Autre problème identifié : la dépendance des DRH vis-à-vis des outils SIRH pour parvenir à leurs objectifs. Les outils SIRH comportent des briques essentielles, mais ils intègrent aussi des fonctions complémentaires pour monter des zones de recrutements. Certes, la tâche est facilitée, mais les DRH deviennent alors trop dépendants. Une fois les paramètres établis pour son exploitation, il est difficile de s’en sortir.

Certains outils de connexions entre les SIRH et les pages de recrutement d’un site Web corporate engendrent parfois plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. Il faudrait mieux challenger les promesses du périmètre produit avant de s’engager.

Le fait d’associer le SIRH à des tierces parties et à des solutions externes peut aussi entraîner des risques de non-conformité RGPD. On peut perdre de vue la question de la localisation des données hébergées et de la protection des données, faute de maîtrise globale.

Estimez-vous que les DRH sont suffisamment conscients de la localisation des données lorsqu’ils font appel à des services cloud ?

Voilà le type de sujet sur lequel les DRH manquent de maturité. Ce n’est pas l’approche technologique du cloud qui est mise en cause. Mais les questions sont différentes si l’on héberge ses données chez OVH [ndrl : prestataire français], Amazon ou Google [fournisseurs américains] au nom de la conformité RGPD.

C’est important que les DRH soient accompagnés sur ces sujets complexes. Neper intervient sur ces sujets à travers des formations. Nous intervenons aussi sous forme de missions sur des aspects techniques (performance de sites Web, big data, cloud…) et nous accompagnons nos clients sur des choix de solutions.

Sur le marché de la publicité numérique, la fin des cookies tiers est annoncée. Quel sera l’impact pour les stratégies de marques employeurs ?

Nous suivons le sujet pour le compte de nos clients qui ne sont pas au courant de ce sujet. J’organise des webinaires et je rédige des articles sur le sujet pour évangéliser tout le monde. Mais le marché reste dans le flou complet.

Ce sera forcément une catastrophe pour les acteurs de la publicité numérique quand les cookies tiers vont disparaître. Le ciblage publicitaire pourrait être fortement perturbé. Ce qui entraînera des campagnes plus chères et des ROI détériorés pour les entreprises.

En tant que consultant, cela ne change pas vraiment la donne. Nous avons une panoplie d’outils à notre disposition. Quel que soit le contexte, nous préconiserons les meilleures solutions.

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